Jules Roy, écrivain des deux rives

Publié le par Michel Boissard

Jules Roy, écrivain des deux rives

 

On réédite « les chevaux du soleil ». pour le centenaire de Jules Roy (1907-2000). Officier d’aviation, écrivain de haute lice, c’est à lui – note l’historien Benjamin Stora – que l’on doit, dès 1960, l’usage de l’expression « Guerre d’Algérie » dans son acception conflictuelle. Ce qui, selon l’universitaire montpelliérain Guy Dugas, n’est pas le moindre paradoxe pour ce pied-noir de la Mitidja. Qui se croit fils de colon, alors qu’il l’est d’un instituteur républicain. D’où il tire l’esprit de rébellion qui le fera s’insurger contre le recours à la torture par l’armée française. Ami de Camus, Jules Roy place cependant la Justice au dessus de sa mère. Et soutient la cause de l’indépendance algérienne. Au risque de devenir « étranger pour ses frères ». « Je maudis mon sort en le chérissant, j’embrasse la douleur que je hais et je hais ce que j’embrasse ». Car l’Algérie est cette patrie qui fait battre le cœur. De laquelle, dès qu’on y a posé le pied, on tombe amoureux. Quand la métropole n’est qu’une marâtre ! La suite romanesque que Roy entreprend en 1967 restitue, sur un siècle de colonisation, la chronique des rêves, des illusions, des contradictions et des souffrances « de tous les siens ». Ceux que « rien n’a consolé de la perte d’un paradis ». Ceux qui emprisonnés, torturés, fusillés, ont conquis leur dignité les armes à la main. Frères et sœurs des deux rives.

 

Michel Boissard

 

Les chevaux du soleil, Jules Roy,  Omnibus, 2007, 26 euros

 

Publié dans articles La Gazette

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