Profession : flâneur salarié

Publié le par Michel Boissard

 

Profession : flâneur salarié

 

 

La formule est proverbiale. Profession : flâneur salarié. C'est-à-dire grand reporter. Signé : Henri Béraud (1887-1958). Un personnage qui sent le soufre. Plébéien et lyonnais. Un itinéraire entre Saône et Rhône. De la boulange natale au souvenir des Canuts. A gauche, Béraud ! Lisez donc « Mon ami Robespierre ». Mais il tourne mal. Et prend la porte à droite. Dans les années 1930, ça mène droit vers la Collaboration. Et à de graves ennuis à la Libération. Il mourra gracié, et oublié. Pierre Assouline sort de l’ombre cette grande plume du journalisme français. Par ailleurs romancier, Prix Goncourt en 1924. Et c’est passionnant de parcourir l’Europe en sa compagnie. Un continent qui se brunit. A Rome, Mussolini termine sa « Marche » (1922). En renversant la démocratie. A Athènes, le roi fait fusiller ses ministres. L’Europe pantelante. A Belfast, flambe la révolution irlandaise. A Duisbourg, agonisent les révolutionnaires allemands de Spartakus. Pour finir avec la chronique du transfert des cendres de Jaurès au Panthéon (1924). Qui impressionne si fort André Chamson.

Et par de succulentes visites aux Présidents (retraités) de la République. Fallières, retiré dans son Loupillon méridional, Loubet à Montélimar. Le trait vif. Les mots percutants. Tout un art du portrait. Un vrai bréviaire de journalisme.

 

Michel Boissard

Le flâneur salarié, Henri Béraud, Bartillat, 2007, 20 euros

Publié dans articles La Gazette

Commenter cet article