Les lions et les chacals

Publié le par Michel Boissard

Les lions et les chacals

 

Un roman, mais quel roman ! « Le Guépard » (1958) de Giuseppe Tomasi dit Lampedusa. Un aristocrate sicilien, disparu il y a un demi-siècle. Et un film homonyme, mais quel chef-d’œuvre ! Réalisé en 1963 par Luchino Visconti. Qui éveille à notre mémoire la figure marmoréenne du Prince Salina (Burt Lancaster), la coruscante personnalité de son neveu Tancrède Falconeri (Alain Delon), l’éclatante beauté d’Angelica Sedara ( Claudia Cardinale), fiancée de celui-ci. Et ressuscite l’épopée du Risorgimento – les « Chemises Rouges » de Garribaldi – aboutissant à la formation de l’unité italienne (1860). Une nouvelle traduction de ce maître-livre, due à Jean-Paul Manganaro, permet de réévaluer l’étonnante richesse d’un classique de la littérature européenne contemporaine. Chronique du sud profond. Roman du temps perdu et retrouvé. Véritable manuel du cynisme en politique. C’est en Sicile où même « les pierres sont prêtes à brûler qu’un peuple, longtemps courbé, conquiert son indépendance sur une vieille monarchie féodale. Descendant d’une illustre lignée nobiliaire, Fabrice Salina perçoit au cours du voyage mémoriel qui le conduit de Palerme l’insurgée vers Donnafugata, refuge de la famille et de l’enfance, que le temps des lions fait place à l’ère des chacals. Car, devise des révolutions trahies, symbole des espérances déçues, signature des illusions perdues « il faut que tout change pour que tout demeure comme auparavant ».

 

Michel Boissard

 

Le Guépard, G.T. de Lampedusa, Seuil, 2007, 22 euros

 

 


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