Henri de Régnier, moraliste cosmopolite
« Dans les vieilles arène d’Arles et de Nîmes, rode encore la Louve romaine (...) Nîmes où coule, sous des ombrages de bois sacré, la plus mystérieuse et la plus pure des fontaines. » Qui parle ? Henri de Régnier (1864-1936).Gendre de José-Maria de Hérédia. Epigone de Mallarmé. Poète lui même. Symboliste après avoir fréquenté le Parnasse. Romancier tout en finesse et en subtilité, dans le goût du XVIIIè siècle. Grand voyageur pour calmer une mélancolie chronique. Membre, avec Emile Henriot et Jean-Louis Vaudoyer, de l’Académie française et du Club des Longues Moustaches. Portant monocle. Connu des lecteurs du Prix Goncourt 1948 « les Grandes Familles », de Maurice Druon. Où, sous les espèces de Jean de la Monnerie, il figure le « Grand Poète ». On réédite deux de ses livres. Ces « Escales en Méditerranée », déambulation rêveuse dans un sud réaliste et mythique, quotidien et littéraire. De bourgeois wagons-lit en yachts princiers une errance nonchalante conduit le lecteur de Marseille à Naples, de Palerme au Golfe de Corinthe, d’Athènes au Détroit des Dardanelles, d’Istambul à Alger, des Baléares à Barcelone. Cet essai de cosmopolitisme littéraire, qui enchanta Paul Morand, est suivi d’un recueil de moralités dans le style de La Rochefoucauld. Elliptiquement intitulé « Donc ». D’où l’on extrait ce diamant : « vivre avilit ». Lequel appelle ce commentaire de Jean Moréas, son confrère en poésie solaire : « Naturellement, sans aucun effort, les idées de Régnier s’incarnent en symboles ».
Michel Boissard
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