Un amour de Jean le Bleu

Publié le par Michel Boissard

Un amour de Jean le Bleu

 

S’agit-il d’un roman ? De la biographie croisée d’une certaine Blanche Meyer et de Jean Giono ? Ou de l’un de ces mensonges (littéraires) qui dit la vérité ? Tout commence avec la découverte à l’université de Yale (USA) d’une volumineuse correspondance inédite du Manosquin. Révélant ses amours méconnues pour Blanche, l’épouse du notaire de Manosque, Louis Meyer. Une liaison de trente ans. De la veille du deuxième conflit mondial à la mort de Giono (1970). On s’interrogera : que nous importe ce bovarysme de Haute Provence ? Qui débute par un exercice d’admiration pour l’écrivain. Se poursuit avec le jeu classique de la séduction. S’épanouit dans la passion amoureuse. Atteint son acmé au travers d’un échange épistolaire. S’achève sans conclusion, convenances sociales et circonstances de la vie aidant. Ceci, pourtant, qui est captivant. Recueilli par Jolaine, la fille de Blanche, le récit également inédit de cette aventure vue par l’amante. A quoi fait écho la création romanesque elle-même de Giono. Adelina White, la compagne d’Herman Melville (Pour saluer Melville), l’intrépide Pauline de Theus, platonique amour d’Angelo Pardi (Le Hussard sur le toit), Julie du « Moulin de Pologne » et l’Absente de « L’Iris de Suse ». Autant de réincarnations de Blanche. De « morceaux d’elle ». De fragments d’un paradis perdu. A moins qu’il ne faille prendre au sérieux le récitant de « Noé » : « Rien n’est vrai. Même pas moi, ni les miens, ni mes amis. Tout est faux. Maintenant, allons y. Ici commence … »

 

Michel Boissard

 

Blanche Meyer et jean Giono, Annick Stevenson, Actes Sud, 2007, 21,80 euros

 

Publié dans articles La Gazette

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