Sur un air de Sirtaki

Publié le par Michel Boissard

Sur un air de Sirtaki

 

Au 18 de la rue Avérof, à Athènes, Damoclès Dimos et Dimitri Isavidris sont voisins de palier. Ils ont en commun un art culinaire consommé. Et, sans le savoir, la même maîtresse prénommée Nana. Pour satisfaire son tempérament de feu (Nana est, en plus, mariée …) nos jeunes hommes font se succéder petits plats et festins d’amour. Heures torrides et caviar d’oursins. Mille et une positions du Kamasutra et dolmas yalantzi (feuilles de vigne farcies). Feintes amoureuses et youvarlakia (boulettes de viande à la sauce à l’œuf et au citron). Le jour que Damoclès et Dimitri découvrent qu’ils sont deux à se partager les faveurs de la dame stimule leurs talents. A une sensualité débridée s’associe l’imagination débordante de maîtres-queues. Crème de tarama contre pastitsio (gratin de pâtes). Moussaka ou keftedes (boulettes de viande en friture). Petites aubergines confites dans du vinaigre et poulet aux gombos. Unis contre le mari ( ?) de Nana, nos amants jumeaux décident de conclure un pacte entre eux. D’alterner leurs respectives présences auprès de la belle. Il est bien connu que l’éloignement nourrit le désir. Et décuple les capacités gastronomiques de nos héros. Les salades de concombre, de persil, de roquette, suivent donc la soupe de poulet et celle de tripes … Voici un conte libertin qui est un vrai livre de recettes. Dû au romancier grec Andréas Staïkos. Un étonnant déjeuner de soleil. Qui cousine avec le célèbre « Jules et Jim ». Le tragique en moins. L’esprit du XVIIIe siècle en plus.

Michel Boissard

 

Les liaisons culinaires, Andréas Staïkos , Babel Actes Sud, 2007, 6,50 euros

Publié dans articles La Gazette

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