Et toi mon cœoeur pourquoi bats-tu ?

Publié le par Michel Boissard

Et toi mon cœur pourquoi bats-tu ?

 

Entre Apollinaire (qui lui procure le titre de ce recueil) et Quiqueran de Beaujeu, Jean d’Ormesson ouvre grand les branches d’un compas de chroniqueur fou amoureux de la littérature. L’Apollinaire des « Poèmes à Lou ». Tendre comme le souvenir d’une chambre de l’Hôtel du Midi. Quelque part au cœur de Nîmes.  Alentour 1914. Le Quiqueran de Beaujeu décrivant en 1460, dans sa « Provence louée », une Camargue dont l’enthousiasme populaire conserve intacte « l’empreinte unique d’un passé vivant ». Recension de quarante ans de journalisme, voici un miroir posé le long du chemin d’un siècle-tragédie. Le XXème. L’auteur salue les idées qui mènent le monde. Et quelques uns de leurs porteurs. Le physicien Louis de Broglie, le sociologue Raymond Aron, le philosophe Michel Foucault – « le seul rival de Sartre ». Et encore l’humaniste Tsvetan Todorov qui « combat la recherche de la victoire préférée à la recherche de la vérité ». Puis, il ouvre le ban. Relit Molière. Suit Chateaubriand à Venise. Eclaire Balzac. Rappelle le souvenir de Paul-Jean Toulet. Célèbre François Mauriac. Nomme Borgès « Homère de Buenos-Aires ». Exprime son extrême dilection pour un Aragon « plein du silence assourdissant d’aimer ». Et à l’avenant, entre Famagouste et Borobudur, sort de son inépuisable besace de « vagabond qui passe sous une ombrelle trouée », Morand et Marguerite Yourcenar, Rimbaud et Georges Dumézil, Fernand Braudel ou Jorge Amado.

 

Michel Boissard

 

Odeur du temps, J. d’Ormesson, Editions Héloïse d’Ormesson, 2007, 23 euros

Publié dans articles La Gazette

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