Ces étrangers, et nos frères pourtant

Publié le par Michel Boissard

Ces étrangers, et nos frères pourtant

 

Vers le mitan de ce superbe roman, on en découvre la clé. Quatre lignes écrites dans le style parlé. A la manière de Céline. Ce qui est pour le moins paradoxal. Car voici l’une des plus remarquables fictions nourries par la mémoire des résistants FTP-MOI du Sud-Ouest. « C’est l’histoire d’un curé qui se prive de manger pour sauver un Arabe, d’un Arabe qui sauve un Juif en lui donnant encore raison de croire, d’un Juif qui tient l’Arabe au creux de ses bras, tandis qu’il va mourir, en attendant son tour ... » La scène se passe à Toulouse. En 1943. A la prison Saint-Michel. Où sont incarcérés Raymond (alias Jeannot) et Claude Lévy. Le père et l’oncle de l’auteur. Dix-huit et seize ans. Des apatrides et des terroristes, dénoncerait un Brasillach. Qui ont donné son sens véridique au mot d’identité nationale. En s’engageant dans la lutte contre l’occupant en hommage à leur frère de vingt ans, le communiste, Juif et Polonais Marcel Langer, coupé en deux sur l’ordre de la justice vassale de Vichy. Parce qu’il refusait une France courbée. Autour d’eux, ils s’appellent Emile, Charles, Alonso, Boris, Catherine, Damira ou Osna .. Ils abattent un juge pourri. Descendent un officier nazi. Plastiquent, sabotent, font dérailler. Ils risquent la guillotine, le peloton, le train pour Auschwitz. Parleront-ils sous la torture ? Mais qu’est-ce donc qui les pousse à résister ? Quel intérêt ? Quelles valeurs ? Ou quelle flamme ? La réponse vient à la fin. En trois lignes. Dans un style à la fois naïf et humain, trop humain : « Le mot étranger est l’une des plus belles promesses du monde, une promesse en couleurs, belle comme la Liberté. »

 

Michel Boissard

 

 

Les enfants de la liberté,  Marc Lévy, Robert Laffont,  2007, 21 euros

 

Publié dans articles La Gazette

Commenter cet article