Un jumeau anglais d’Arsène Lupin

Publié le par Michel Boissard

Un jumeau anglais d’Arsène Lupin

 

Connaissez-vous Arthur J. Raffles ? Et son démiurge Ernest W. Hornung (1866-1921) ? Le premier est un jumeau d’Arsène Lupin. Le second est le beau-frère de Conan Doyle ! L’un et l’autre redécouverts par notre compatriote gardois Francis Lacassin, à l’encyclopédique culture policière. Comme dans la vie, il existe, dans la littérature une chronologie gémellaire … Raffles est le prédécesseur de notre Arsène national. « Les ides de mars » (1898), où apparaît le britannique, ont sept ans d’avance sur « L’arrestation d’Arsène Lupin » (1905). Victoria règne alors sur Albion. Emile Loubet va céder son fauteuil élyséen à ce bon M. Fallières. Mais c’est toujours la Belle Epoque. Arthur et Arsène sont deux gentlemen. Ironiques, désinvoltes, cyniques, insolents, mondains. Ils adorent les masques, les pseudonymes, les identités à tiroir. Ils fréquentent le « gratin ». C'est-à-dire, selon Proust, le salon Verdurin, et l’hôtel particulier des Guermantes. Le Faubourg Saint-Germain, et son équivalent londonien, Picadilly Circus. Raffles et Lupin dévalisent les richards, les combinards, les puissants. Ce sont Robins des Bois sur les rives respectives du Channel .. Ils détestent ensemble le Kaiser Guillaume II. Et s’emploient à le ridiculiser et à le rosser moralement. Ils révèlent toutefois des différences. Lupin raffole du luxe, Raffles est plus modeste. Le premier est un monte-en-l’air boulimique. Le second est surtout « Un cambrioleur amateur » (1898). Ou « Le voleur de nuit » (1905). Mieux encore : « Raffles le justicier » (1909). Mais, ensemble, ils sont immortels.

 
Michel Boissard

Publié dans articles La Gazette

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