ALICE FERRIERES, LA LUMIERE DES JUSTES

Publié le par Biblinimes

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En ce temps-là, Féla s’appelle Marie. Ruth a pour pseudonyme Renée.  Et Erna est connue sous le prénom d’ Henriette. Question de vie ou de mort. Car  la France est « mise en coupe réglée au nom du roi Pétoche  / Et la mère se voit arracher son fils comme / Si Hérode régnait quand Laval est dauphin. » (Aragon) Entre l’automne 1940 et le printemps 1941, à l’époque du Statut des Juifs. La kollaboration commence. La Résistance, dit Malraux, n’est alors « qu’un désordre de courages ». Singulière et significative, selon l’historien Patrick Cabanel présentant sa correspondance et des extraits de son journal d’Occupation, est dans ce contexte la trajectoire d’Alice Ferrières (1909-1988). Protestante d’origine, cévenole d’ancrage familial - entre Sumène et Ganges, son frère sera déporté à Büchenwald, et son beau-frère, le mathématicien Jean Cavaillés, fusillé par les nazis au début 1944. Alice, c’est la première femme de France proclamée Juste parmi les nations par le Mémorial israélien Yad Vashem en 1964. Et le second français à mériter ce titre. Moins prestigieuse qu’un Cardinal Salièges ou un pasteur Boegner…  Mais, professeur de mathématiques à l’Ecole primaire supérieure de Murat (Cantal), l’exemple même d’une aventure humaniste traversée par la quotidienneté du bien. Agissant en mémoire des huguenots persécutés pour leur foi. Au nom de ces valeurs « laïques et républicaines » transmises par la  famille et par l’école : « Idéal, solidarité, tolérance, justice, et même charité… » Visitant, assistant, hébergeant, nourrissant, protégeant,  sauvant aussi bien intellectuels et bourgeois juifs repliés dans le Massif central que des étrangers internés dans les camps ou des enfants cachés. « Le sentier des justes est comme la lumière resplendissante. Dont l’éclat va croissant jusqu’au milieu du jour. » (Proverbes, 18)

 

                                                                                                              Michel Boissard

 

Chère Mademoiselle, Alice Ferrières et les enfants de Murat, 1941-1944, P. Cabanel, Calmann-Lévy, 2010, 26,90 euros

Publié dans articles La Gazette

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