ALPHONSE, ERNEST, LEON ET LES AUTRES…

Publié le par Biblinimes

 

 

 

Les parents : le nîmois Vincent et l’ardéchoise Adeline - issus d’un milieu de soyeux - inaugurent, sans le savoir, une dynastie littéraire confondue avec un siècle de vie française. Entre Monsieur Guizot - sous la Monarchie de Juillet, et le Maréchal Pétain, en 1940. Mais ce sont Ernest (1837-1921) et Alphonse (1840-1897), leurs deux fils, qui ouvrent les portes de la renommée au nom de Daudet. L’aîné pouvait suivre la trajectoire drapière de ses géniteurs. La crise du textile, jumelée au goût de l’écriture, le conduit vers un emploi de rédacteur au Sénat. Et à une collaboration journalistique à la très monarchiste « Estafette ». On ne lit plus ses romans comme « Fleur de Péché » ou « Cruauté de femmes ». Mais c’est avec une étude historique sur « La Terreur blanche dans le Midi en 1815 » que l’on ressaisit les racines d’une tradition languedocienne d’extrême-droite. Bien sûr, c’est Alphonse, le cadet, fils de la cité des Antonins, qui domine le paysage. Jouant les « Petit Chose » costumé en pion du collège d’Alès. Imposant dans le langage courant des mots qui sont autant de titres de chefs d’œuvre : de « L’Arlésienne » à « Tartarin ». Et, avec une ébouriffante modernité, traitant de l’ambition politique dans « Numa Roumestan ». Egalant Dickens avec « Jack », l’un des plus noirs romans sur l’enfance. Eclatant de sensibilité poétique dans ses « Lettres de mon moulin » et ses « Contes du lundi ». Cependant, comme le fait avec bonheur Stéphane Giocanti, il faut parler desDaudet. Citer Julia (1844-1940), l’épouse d’Alphonse. Dont « L’Enfance d’une Parisienne » mérite le titre de femme de lettres. Et Léon (1867-1942), leur fils aîné, pilier de la royaliste Action française,dont l’œuvre de mémorialiste - l’art du portrait - faisait l’admiration de Proust. Et Lucien, son jeune frère,  beau, élégant, mince, frêle, qui fut l’ami de Proust et de Cocteau… Ou, enfin, Pampille, la femme de Léon, dont l’art culinaire - des recettes incomparablesdisait toujours Proust - a récemment mérité les honneurs des Editions du CNRS !

Michel Boissard

 

C’était les Daudet, S. Giocanti, Flammarion, 2013, 23 euros

 

 

Publié dans articles La Gazette

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