ASMODEE SE SOUVIENT…

Publié le par Biblinimes

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Dans la mythologie biblique, Asmodée est le démon qui soulève le toit des maisons pour dévoiler l’intimité des foyers. Fernand Maugrain, le héros du nouveau roman d’André Gardies, est sa juste réplique. A moins qu’il ne s’apparente au « Faust au village » (1977) de Jean Giono. Qui raconte l’histoire d’un petit camionneur prenant régulièrement le Diable en auto-stop… Car « l’homme dans la force de l’âge, cheveux longs, manteau de citadin et volumineux sac à dos » qui emprunte un tortillard cévenol bientôt bloqué par la neige, séduit, inquiète, interroge le lecteur. Il est tombé amoureux de Cécile. Quatre ans d’internat suivis de trente mois en guerre d’Algérie dans les Aurès, ça vous « déglingue », « démolit de l’intérieur »… Au point, lors des retrouvailles, de faire violence à l’amour de toujours. Et de devoir partir. « Il lui fallait marcher, avancer, aller droit devant soi. Fuir tout simplement. » Maintenant le parcours de Fernand Maugrain éveille cette mémoire involontaire qui colore les personnages de Proust. Dans la vieille ferme montagnarde où il trouve refuge, il redécouvre auprès de ses hôtesses, Bérangère et Mariange, les figures d’un passé enfoui qui entrelace les reliefs de la vie communautaire issue de Mai 68, un retour sur la création artistique et le parfum entêtant d’une « Afrique plus exigeante encore qu’une maîtresse »… Sous le signe de Mami Wata, la déesse-mère ivoirienne des eaux, André Gardies tend un miroir à son personnage principal. Mais c’est un miroir vénitien convexe… Du type de ceux qu’on trouve dans les tableaux de Van Eyck. On le nomme aussi miroir-sorcière ! Fernand succombera à son reflet.

 

Michel Boissard

 

Le train sous la neige, A. Gardies, Editions Mouette, 2011, 16 euros

Publié dans articles La Gazette

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