AU BAROMETRE DE L’ÂME

Publié le par Biblinimes

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Avez-vous lu « La Doulou » d’Alphonse Daudet (1840-1897) ? Ecrit pendant la maladie de l’écrivain  -  une persistante syphilis - cet ouvrage posthume donne sa signification littérale au « journal intime ». « Dictante dolore » - dicté sous l’empire de la douleur, « la doulou » en provençal, voici la radioscopie au quotidien des transformations d’un corps et des mutations d’un esprit. Entrelaçant l’ironique et le dérisoire. L’intime et l’intérieur sont ici confrontés à ce que le romancier Michel Tournier (1924) nomme « l’extime » (Journal extime, 2002) et Maurice Barrès (1862-1923), la « vie extérieure » (Journal de ma vie extérieure, 1999). Des extraits de cet opus méconnu de Daudet figurent au côté de fragments d’une vingtaine d’autres « Journaux intimes », de Madame de Staël  à Pierre Loti,  habilement réunis et excellemment commentés par l’universitaire palois Michel Braud. Diderot parle de « registre de tous les mouvements de son esprit et de son coeur». Rousseau, d’ « appliquer le baromètre à (son) âme ». L’écriture intime s’impose à la fin du XVIIIe siècle par le recours constant à l’écriture-papier et à une mesure fine du temps. La chambre devient un lieu fermé. La « librairie » de Montaigne s’appelle désormais cabinet de travail. La Révolution légalise le secret de la correspondance. Naissent alors ces « strange book » dont s’étonne le poète albigeois Maurice de Guérin (1810-1839). Sous le signe de ce que Stendhal nomme l’égotisme – le regard critique porté par lui même sur le physique, les sentiments, les actes d’un être. Ce qui nous vaut le mémorial des pensées secrètes de Pierre Louÿs (1870-1925), l’ami de Gide. Ou les confidences  féroces et bienveillantes de Jules Renard (1864-1910).

 

                                                                                                          Michel Boissard

 

Journaux intimes, Folio classique, 2012, 7,80 euros

 

 

 

Publié dans articles La Gazette

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