AU MATIN DE LA VIE

Publié le par Biblinimes

 

                                           

Traduite et postfacée par Jean-Marie Marconot, cette chronique occitane méconnue de Robert Lafont (1923-2009), fait écho à Chateaubriand : « Le matin de la vie est comme le matin du jour, plein de pureté, d’images et d’harmonie. » Salut à une enfance méridionale - entre Nîmes et la Gardonnenque -  remémorée par  un enseignant de trente-cinq ans, « exilé » en Bourgogne puis vivant à Paris. Superposant les émotions d’un gamin de huit ans, et de son meilleur ami, aux  engagements civiques d’un adulte confronté aux événements de l’année 1958. Retour à la saveur d’une lengo nostro, oubliée sous des parents fonctionnaires rivés à l’Ordonnance de Villers-Cotterêts (1539), ressaisie grâce à Maximilien le grand-père paysan d’Aighaniers (Moussac),  et à Antonin, le grand-père cordonnier de la Traverse, quelque part sur le très nîmois Mont Margarot… Portraits pleins de verve et de sensibilité du rachalan Gauroux, dont le quotidien est tissé de saoulographie et de torgnoles, du fils Ponge, aveugle de guerre, et du fils Chazel, mort dans les tranchées, des Deleuze et des Enjalbert tout droit sortis d’un récit picaresque de Marc Bernard… Quand le narrateur pose sa plume, on s’aperçoit que le petit Pierre et son copain Rabasson, dont il nous raconte sentiments et aventures juvéniles, ne sont autres que sa réplique dédoublée : l’intellectuel,  et son antonyme –  bien plus que le manuel, le naturel… Ensemble, les voici le 28 mai 1958, Place de la République, pour dire non au retour du Grand Charles. Et le cortège populaire qui les porte a la force d’une gardonnade !

 

                                                                                                                               Michel Boissard

 

Les chemins de la sève, R. Lafont, Riresc-Recherches Sociales, 2010, 10 euros    

Publié dans articles La Gazette

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