AU NOM DU PERE

Publié le par Biblinimes

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Peut-on écrire de la mort d’un enfant ? Voyez : Hugo et Léopoldine… Les Contemplations (1856). « Demain, dés l’aube… » Transformer le scandale absolu, l’inexpiable douleur de la disparition de sa progéniture, appartient à la souveraineté créatrice de l’écrivain. Sans impudeur ni ostentation. Par la fiction romanesque ou la prosodie poétique. Dans le sillage de « Le fils interrompu » (1971) dû à l’ héraultais André Miquel, et de « Martin, cet été » (1994) de Bernard Chambaz, le metteur en scène Michel Rostain - lozérien d’origine, d’enfance nîmoise, qui dirigea une décennie durant la scène nationale de Quimper - livre l’autobiographie de la mort brutale de Lion, 21 ans. Des suites d’une meningitis fulminans. « Certain jour arrive pour l’homme où tout brusquement change et bascule. » (A. Miquel, Croire ou rêver, Bayard, 2010). Mais la capturedu lecteur ne provient pas du réalisme du récit. C’est un témoignage cruel parfois teinté d’un humour sombre. Ni de la force d’écriture, d’un pathétique de bout en bout maîtrisé, de l’auteur. Non, ce qui happe et retient ici, c’est l’inversion du rapport de filiation. Le fils devient le père de son père. Lion meurt d’une méningite. Mais c’est lui même qui raconte son agonie, sa fin, la cérémonie de crémation de son corps, l’inhumation des cendres, les lendemains de la disparition… Du comportement des parents frappés de sidération psychologique aux formes machinales d’une vie qui, comme l’on dit, continue… Tout cela au nom du père. Comme pour permettre à ce dernier d’assumer la réalité d’une mort enchâssée dans notre vie. Car un des personnages croisés le long de cette histoire le demande : peut-on vivreavec ça ? Michel Rostain répond en citant la poétesse Marina Tsvetaieva : « On n’a jamais EU un enfant, on l’a toujours. »

 

Michel Boissard

 

Le Fils, M. Rostain, Oh Editions, 2011, 15,90 euros

Publié dans articles La Gazette

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