AU PAYS DE LA POLITIQUE LITTERAIRE

Publié le par Michel Boissard

                                          

 

Enseignant de lettres, Stéphane Giocanti fait sien l’aphorisme de Tocqueville : la France est le pays de la politique littéraire. En inférant qu’elle est aussi le pays où la littérature est politique. Mais  l’essai que voici est rarement transformé. Lors même que le sujet demeure le signe irrécusable d’une exception française. Laquelle est éclairée par ces phares du XIXe siècle : Victor Hugo et Emile Zola. Le premier administrant ses « Châtiments » à Napoléon-le-Petit depuis l’exil  à quoi le contraint un coup d’Etat. Le second inventant la prise de parti des intellectuels, dés lors qu’avec  l’affaire Dreyfus sont en cause la Vérité et la Justice.  S. Giocanti dresse une typologie de ces écrivains qu’il qualifie justement de « vaillants ». On y relève le nîmois Bernard-Lazare (1865-1903) qui éveilla précisément Zola au cas Dreyfus. Le bordelais François Mauriac (1885-1970) qui prit la défense des basques de Guernica assassinés par Franco.  Le montpelliérain Francis Ponge (1899-1988) qui fut agent de liaison de la Résistance en zone sud. René Char (1907-1988) le poète de Lisle-sur-Sorgue qui, sous le nom de « Capitaine Alexandre », dirigea les maquis de Durance. Ou encore le gardois André Chamson (1900-1983) dont l’œuvre fait rimer camisards et maquisards, tandis que l’auteur prend les armes dans la « Brigade Alsace-Lorraine » avec Malraux… A côté de ceux-là, souvent de manière approximative, on rencontre les « courtisans », faire-valoir du pouvoir en place : mais le nîmois André Fraigneau (1905-1989) et le catalan Robert Brasillach (1909-1945) sont surtout des Kollaborateurs… Et puis traiter Jean Paulhan de « prudent », c’est vouloir ignorer qu’il créa les « Lettres françaises », organe de la résistance intellectuelle ! Quant à classer pêle-mêle sous le vocable d’ « idéologues » les noms de  Romain Rolland, Maurice Barrès, Valéry, André Gide, Malraux, Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, c’est nier la dialectique créatrice qui unit  la littérature et la cité…

 

                                                                                                                                               Michel Boissard

 

Une histoire politique de la littérature, S. Giocanti, Flammarion, 2009, 20 euros.

 

Publié dans articles La Gazette

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