BELLE, REBELLE ET FATALE

Publié le par Biblinimes

                                              http://www.renaud-bray.com/ImagesEditeurs/PG/1199/1199920-gf.jpg

 

 

Une érudition étourdissante. Une écriture caracolante. Tel s’offre le passionnant essai de Jean Lacouture dédié à « Carmen, la Révoltée ». Parcours de l’histoire d’un mythe littéraire et musical. Equivalent féminin de  Figaro ou de Don Juan.  « Inventé » par Prosper Mérimée (1803-1870), écrivain, historien et archéologue. Qui, au cours du récurrent « Voyage en Espagne » des Romantiques, rencontre le modèle du personnage de la gitane andalouse « un soir de l’été 1830, à Cordoue, sur les rives du Guadalquivir »… En fait le sujet d’une nouvelle publiée  quinze ans  après dans les colonnes de l’austère « Revue des Deux Mondes ». Eblouissant le compositeur Georges Bizet (1838-1875) qui métamorphose les quelques dizaines de pages du récit en une partition majeure dont le philosophe Nietzsche a célébré l’universalité : « La gaieté fataliste avec des yeux séducteurs, profonds, épouvantables, la mélancolie lascive de la danse mauresque, la passion étincelante, aiguë et soudaine, telle un poignard… » L’opéra le plus joué au monde depuis sa création en 1875. Qui fit les beaux soirs de nos Arènes nîmoises dés cette époque. Et, il y a prés d’un demi-siècle  (1964), permit au maestro El Cordobès de tenir, le temps d’une mise à mort, le rôle du « toréador » Escamillo dans la  fictive maestranza sévillane… Car le coup de génie du musicien est d’avoir condensé dans la figure de Carmen - la femme belle, rebelle et fatale - la gitane de tradition contrebandière et la cigarière du faubourg populaire de Triana. La « résignée farouche » décrite par Mérimée et la « révoltée tumultueuse » qui cingle ses bonnes fortunes d’un très féministe : « ...Et si je t’aime, prends garde à toi ! »  Puis « entraîne son amant dans la montagne au cri de Liberté, la chose enivrante ! » Alors, « gitane ? sorcière ? ouvrière ? Carmen » est la contemporaine de ces femmes de courage nommées Louise Michel, la communarde, ou Camille Claudel, la sculptrice séquestrée…

 

                                                                                                                       Michel Boissard

 

Carmen, La Révoltée, J. Lacouture, Le Seuil, 2011, 18 euros

 

Publié dans articles La Gazette

Commenter cet article