BERNARD CLAVEL, L’ECRITURE INSOUMISE

Publié le par Michel Boissard

 

 

Participant dans les années 1950 à la campagne électorale d’un candidat communiste,  Roger Vailland était fier de s’entendre présenter comme « un écrivain au service du peuple ». La formule sied au romancier Bernard Clavel (1923). Que son meilleur biographe Michel Ragon, compare au peintre fauviste Vlaminck, en ce que ce rebelle est une force qui va ! Dont François Nourissier - son concurrent malheureux au Goncourt 1968 avant que d’être son commensal à l’Académie du même nom -  situe l’inspiration entre le Hugo des « Misérables » et le Giono, fils de cordonnier et commis de banque, inventeur d’un Sud profond. Celui de Clavel s’établit le long du Rhône. Pour dire comme Mistral : entre Empire et Royaume. Il est habité de personnages que l’apprenti-pâtissier, plus tard employé de la Sécurité Sociale puis  journaliste, a côtoyés et/ ou créés en imagination. Car « écrire, c’est se vider de sa vie. » C’est aussi tendre à l’Histoire un miroir où se reconnaissent les insoumis. Le mot d’André Gide : « Le monde, s’il doit être sauvé, le sera par des insoumis. » éclaire précisément les six romans qui composent ce nouveau volume des œuvres complètes de l’auteur de « La Grande Patience ».  Le temps des bateliers sur le fleuve indompté (Quand j’étais capitaine, 1990) fait écho à celui des rouliers, traînant leur bosse du pays de Montbéliard jusqu’à Nijni-Novgorod (Meurtre sur le Grandvaux, 1991). Les figures âpres, souvent violentes, qui les hantent seraient chez elles sur « la colline du labeur » de la Croix-Rousse… Lyon, cité de la soie, est la ville des canuts. Leur  «  Révolte à deux sous » (1992) éclaire d’une lueur de tragédie et d’espérance un XIXe siècle d’iniquité sociale.  Toujours dressée contre l’injustice, voici « La Guinguette » (1997) qui en appelle à la solidarité des opprimés entre les menottes des cognes et la pourpre des procureurs… « Les Roses de Verdun » (1994), belle chanson pacifiste et « Cargo pour l’enfer » (1993), plaidoyer anticipateur pour le respect de l’environnement, couronnent d’une remarquable modernité cette œuvre-témoin de notre temps.

 

                                                                                                                                                        Michel Boissard

 

Œuvres VI, Bernard Clavel, Omnibus, 2009, 25 euros

 

 

Publié dans articles La Gazette

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