C’ETAIT NOTRE DICKENS

Publié le par Biblinimes

 

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Rien ne manque à la gloire - anthume et posthume - de Marcel Pagnol (1895-1974). Mais le dramaturge  de « Marius » (1929), le cinéaste de « La Femme du Boulanger » (1938), le mémorialiste du « Château de ma mère » (1957) manquaient à la collection « Grandes Biographies » chez Flammarion. Jean-Jacques Jelot-Blanc corrige cette lacune par une somme impressionnante, en forme de portrait de l’écrivain que Jean Dutourd appelait « notre Dickens ».  Car le méridional irrigue son écriture de la tendresse, parfois cruelle, de l’auteur de « David Copperfield ». Ou de la bonté, jamais mièvre, de celui des « Grandes espérances ».  Son biographe déroule en neuf séquences, des « Années collines » du début du XXè siècle aux « Années souvenirs » du début 1970, une existence créatrice marquée du sceau de la réussite. Mais tempérée par une sorte de mélancolie solaire qui fait toute l’humanité du démiurge. « Telle est la vie des hommes : quelques joies vite effacées par d’inexplicables chagrins. » L’originalité du propos ne  tient pas ici  dans l’histoire d’une irrésistible ascension. Des « Années scène » (la décennie 1920) et des « Années cinéma » (la décennie 1930) jusqu’aux « Années académie » (la décennie 1950). En passant par le prisme Raimu et la « gueule » tragi-comique de Fernandel. Mais bien davantage dans la traversée d ’une époque. Celle des revues littéraires de province de l’après 14/18 - Fortunio devenant Les Cahiers du Sud… Celle d’un « engagement » étonnant de Pagnol… Dénonciateur des profiteurs de guerre (Les Marchands de gloire », 1925). Contempteur des affairistes véreux (Topaze, 1928). Fils d’instituteur, nourri au lait de la méritocratie républicaine, Pagnol a paradoxalement élargi sa palette originelle de peintre des vices du temps en revenant à son identité géographique. C’est pourquoi César, Panisse et Fanny, Ugolin ou le Papet, et tant d’autres personnages, ne sont pas régionalistes mais universels.

 

                                                                                                                          Michel Boissard

 

Pagnol inconnu, J.J. Jelot-Blanc, Flammarion, 2011, 25 euros

Publié dans articles La Gazette

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