C’ETAIT NOTRE JEUNE HOMME !

Publié le par Michel Boissard

                                                          

 

Selon François Mauriac, c’est un Maurice Barrès sincèrement ému qui salue la disparition prématurée de l’écrivain de « Du côté de chez Swann » de ce mot célèbre : « C’était notre jeune  homme ! » Apocryphe ou non,  ce pourrait être le titre du séduisant petit essai biographique que Jean-Pascal Mahieu consacre aux vingt ans de Marcel Proust (1871-1922). Même si ce dernier a vertement critiqué Sainte-Beuve prétendant éclairer  une œuvre au prisme de la vie de son auteur, il reste qu’il s’est peint lui-même à cet âge : « …une expression lumineuse et fraîche comme un matin de printemps (…), sa beauté non pas pensante mais peut être doucement pensive (…) la délicatesse heureuse de sa vie. » (Jean Santeuil, 1895, publié en 1952). Le fils aîné du Docteur Adrien Proust (qui ne comprendra jamais sa progéniture « différente ») et de Jeanne Weil (qui lui assurera une « vie en pente douce ») découvre en même temps les souffrances physiques d’un asthme rhédibitoire,  les affres d’une sexualité qui le conduit à aimer Jacques Bizet - le fils du compositeur de « Carmen », le musicien Reynaldo Hahn ou Lucien Daudet, le fils d’Alphonse… Révélant l’ultra sensibilité de ses antennes à la chatoyante diversité du monde et à la psychologie abyssale des êtres qui l’entourent. Préférant, lycéen de « Condorcet » fonder des revues : « Revue verte » ou « Revue lilas »…  Fréquentant les salons de l’aristocratie du Faubourg Saint-Germain au lieu de suivre des études de droit. Ecrivant de premières nouvelles dans la « Revue blanche », où il fait connaissance de Léon Blum. Imbu d’Anatole France, devenant dreyfusard. Découvrant encore l’oeuvre de Vermeer de Delft… En un mot,  entrelaçant « Les Plaisirs et les Jours » (1896). Avant que de s’engager « A la recherche du temps perdu »…

 

                                                                                                               Michel Boissard

 

Marcel Proust à vingt ans, Le Temps de la Recherche, J-P. Mahieu, Au Diable Vauvert, 2010, 12euros

Publié dans articles La Gazette

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