CIEL GRANDIOSE ET MODESTE MAISON

Publié le par Michel Boissard

                                                

 

 

Gratitude à la librairie toulousaine « Ombres blanches » pour cette réédition de « Les origines du socialisme allemand » : le texte – traduit du latin – de la thèse de doctorat de Jean Jaurès (1859-1914). Cette lecture est, en effet, d’une surprenante actualité  idéologique et politique. Ne séparant pas la vie de l’esprit de la vie sociale - et réciproquement,  le philosophe érige le socialisme – pour reprendre un mot de Péguy – à la fois en mystique et en politique. S’il n’ignore nullement, comme l’écrira Lénine, que le marxisme doit autant à l’économie politique anglaise qu’à la pensée sociale de Rousseau, c’est  « la troisième source constitutive » – la philosophie allemande, qu’il privilégie dans sa réflexion de jeune intellectuel, il a alors trente-trois ans… En une synthèse saisissante, Jaurès définit ce qu’il appelle le « socialisme intégral ». Chrétien -  Luther, le père de la Réforme, ouvre la voie au renouvellement du Ciel  - « grandiose et étoilé » - mais aussi à la rénovation de la Terre – « la modeste maison où l’homme gagne le pain de chaque jour ». Egalité religieuse et égalité civile battent l’amble.  Moral -  c’est dans la doctrine de l’impératif catégorique de Kant - « Agis de telle sorte que tu traites l’humanité en toi-même et en autrui, toujours en même temps comme une fin et jamais simplement comme un moyen » - que réside le sens (direction et signification) humaniste du socialisme. Dialectique – c’est à la conception de l’histoire de Marx - relisant Hegel, que l’on doit la radicalité révolutionnaire – « l’arme de la critique ne saurait remplacer la critique des armes »… Une religion de l’individu, le socialisme ? Pourquoi non, quand « affranchie des luttes antagonistes, l’humanité pourra se poser dans des conditions nouvelles le vieux problème : que suis-je dans le Tout ? »

 

                                                                                                          Michel Boissard

 

Les origines du socialisme allemand, J. Jaurès, Rue des Gestes, 2010, 14 euros

Publié dans articles La Gazette

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