CIVILISATION OCCIDENTALE ET CONDITION JUIVE L’ANTISEMITISME EST-IL « ETERNEL » ? UN ESSAI - ERUDIT ET DECAPANT - DE JOSEPH MELEZE MODRZEJEWSKI

Publié le par Biblinimes

 

 

 

Un peuple de philosophes. Aux origines de la condition juive, de Joseph Mélèze Modrzejewski. 458 pages. Fayard, 2012, 26 euros

 

 

Spécialiste reconnu du monde hellénistique, Joseph Mélèze-Modrzejewski (1930) en a enseigné l’histoire juridique à la Faculté de Droit et en Sorbonne durant quelque trente ans. Pierre Legendre, qui dirige la collection où paraît cet essai – érudit mais aussi décapant – sur la condition juive originelle, a raison de souligner qu’au travers de l’analyse de « la formation d’antijudaïsmes successifs depuis l’Antiquité gréco-latine », le propos de l’auteur lie ensemble « un retour historien aux sources d’un destin »et « une réflexion sur une altercation »fondatrice de la civilisation occidentale.Joseph Mélèze-Modrzejewski opère une plongée en profondeur dans l’identité juive et les représentations qu’elle génère à partir d’une rencontre entre Juifs et Grecs au IVè siècle avant J.C. Dans ce monde éveillé à la conquête universelle par Alexandre le Grand, la (re) connaissance du monothéisme juif conduit la grécité à apprécier le peuple juif tel « un peuple de philosophes nés ». Le monothéisme étant considéré comme une philosophie plutôt qu’en qualité de pratique religieuse. L’érection de la figure de Moise en législateur - interprète de la parole de Dieu - donnant « à son peuple une constitution mi-platonicienne mi-spartiate » - le « Moïse nomothète » - contribue à « l’image globalement positive » des Juifs. Mais l’identité juive va être prise en tenaille entre cette vision gratifiante et la légende noire que des auteurs égyptiens répandent en forgeant « une version négative de l’Exode ». Les Juifs sont des étrangers, inassimilables, des « séparatistes » - leur misanthrôpias’oppose à la philantrôpia des Grecs. L’amixia juive - séparation d’avec les pratiques des autres peuples - marche du même pas que leur atheotès– refus des dieux des autres. Emerge alors un « antijudaïsme païen », bien antérieur à l’antisémitisme chrétien – part d’ombre et revers de la médaille de l’identité juive. « Eternel antisémitisme ? »Que vient bouleverser le message de l’apôtre Paul - Juif de famille pharisienne, Grec en tant que citoyen de Tarse (en Cilicie), Romain de naissance. « Individu multiple »Fils d’un peuple, natif d’une patrie naturelle, loyal envers sapatrie civique. Qui proclame : « Il n’y a ni Juif, ni Grec, ni esclave, ni homme libre, ni homme ni femme ; car vous ne faites qu’un dans le Christ-Jésus. Mais si vous appartenez au Christ, vous êtes donc la descendance d’Abraham, héritiers selon la promesse. » (Galates 3, 26-29)

 

Michel Boissard,

Historien

 

 

 

 

 

 

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