CLAIRVOYANTS, CLAIRCHANTANTS ET INSURGES

Publié le par Biblinimes

http://medias.sauramps.com/media/catalog/product/cache/1/image/135x178/17f82f742ffe127f42dca9de82fb58b1/i/997/9782757826997_1_75.jpgLa mémoire de la guerre d’Algérie rappelle l’actualité - elle-même locale - du combat pour la liberté de la recherche historique. Mais peut-on oublier que guwwalin et meddahs - conteurs et trouvères - ont exprimé au quotidien l’âme et le corps du peuple algérien en lutte ? Nous le remet à l’esprit cette superbe anthologie poétique qui s’ouvre sur le rôle que Jean Amrouche (1907-1962) assigne au poète. « Celui  qui a le don d’asefrou, rendre clair et intelligible ce qui ne l’est pas ».  Clairvoyants : « A l’homme le plus pauvre / On ne peut cependant ôter ni son nom / ni la chanson de sa langue natale ». Clairchantants, tel Jean Sénac (1926-1973) : « Mon peuple m’entoure et murmure. Il prépare un réveil au relais de ses monts. Voici la vérité en route et je marche dans ses rangs. » Insurgés à la manière d’Ismaël Ait Djafer (1929 - + ?) : « Le froid est silencieux / Le froid ne dit rien / Il tue simplement/ Il tue des gens / De mort naturelle / Surtout le froid tue les pauvres gens… » Insurgés de l’esprit comme Kateb Yacine (1929-1989) : « Pareil au scorpion / Toute colère dehors / J’avance avec le feu du jour / Je le remplis de ma violence ». Résistants des djebels et des mechtas au prix du sang, qui s’interrogent, l’Indépendance gagnée,  sur  le profil de la Révolution. Encore une fois Sénac : « Ici / en Algérie / nous allons rompre avec le vieux monde égoïste / secouer nos semelles / tremper nos coeurs à la fontaine/ et chanter. »  Mais la contradiction affleure sans cesse, nous dit Ahmed Azeggagh (1942-2003) : «Arrêtez de célébrer les massacres / Arrêtez de célébrer des noms / Arrêtez de célébrer des fantômes / Arrêtez de célébrer les dates ». La Vie - et l’Amour continuent.

 

                                                                                                                        Michel Boissard

 

Quand la nuit se brise, Anthologie, Poésie algérienne, Points, 2012, 7,80 euros

 

Publié dans articles La Gazette

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