DANS L’AMITIE DE LA PEINTURE

Publié le par Biblinimes

 

 

 

27 septembre 1962. On lit dans le Journalde l’écrivain Roger Vailland (1907-1965) ces lignes consacrées à une visite qu’il vient de rendre au peintre Pierre Soulages, dans sa maison de Sète : « Pierre aime les objets, les matières, les outils, humainement bon.»Il a fait la connaissance de Soulages quand ce dernier a installé son atelier à Courbevoie en 1946. Trois ans plus tard, l’artiste réalisera les décors d’Héloïse et Abélard, la pièce que le romancier fait représenter au Théâtre des Mathurins. Naît une amitié. Fondée sur une conception partagée de la création. Qui est d’abord un exploit de caractère physique. Soulages, lorsqu’il brosse ses toiles - de tonalité sombre, brou de noix ou goudron - n’est-il pas tel un boxeur sur le ring ? Se mesurant, en pleine pâte, au réel. Comme un champion à son adversaire.  Vailland indique même la taille -1,90 m, et le poids - 102 kilos, de Soulages, la trentaine à l’époque. L’écrivain exalte donc la « forme » physique « essentielle pour l’orateur, l’acteur, le peintre, tous ceux pour qui l’exécution d’un travail est une création toujours nouvelle ». Et il ajoute : « Ce que les mystiques appellent la grâce et les joueurs la chance ». Mais Vailland, communiste libertin et matérialiste militant est surtout captivé par le concret de la fabricationd’un tableau. « …de la couleur étalée sur une toile c’est réel et quand on la fait gicler joliment, bien excitant à regarder pour celui qui s’y connaît en giclures. »La réédition de « Comment travaille Pierre Soulages » (1961-1962) de Roger Vailland, vient à point pour témoigner du caractère décisif du métierdans l’éthique du créateur.

Michel Boissard

Comment travaille Pierre Soulages, R.Vailland, Le Temps des Cerises, 2012, 6 euros

 

Publié dans articles La Gazette

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