DE RASTIGNAC A GERVAISE

Publié le par Biblinimes

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D’un côté du banc, le créateur d’Eugène de Rastignac. Un jeune ambitieux qui prend des couleurs au soleil terni de la Restauration (1815). De l’autre, le démiurge de la blanchisseuse Gervaise Macquart. La femme de l’ouvrier alcoolique Coupeau et la mère de la courtisane Nana. Dans le lointain, au rythme anachronique du menuet d’Ancien-régime se substituent les flons-flons de la Fête impériale conduite par Jacques Offenbach (1819-1880). Michel Frontère imagine l’improbable rencontre d’Honoré de Balzac (1799-1850) et d’Emile Zola (1840-1902), dans les allées du Parc Monceau, à Paris, en…1923 ! Le soir même du jour où un autre écrivain, Maurice Barrès (1862-1923), rejoint définitivement la terre et les morts lorrains de ses origines. Pièce en un acte et sept tableaux qui permet à l’auteur de revisiter de manière érudite une part notoire de notre mémoire romanesque du XIXè  siècle. On suit donc le dialogue, parfois un peu trop « écrit », des deux monstres sacrés qui ont fait de la France ce « pays de la politique littéraire » en quoi Tocqueville voyait la marque propre de notre identité nationale. Balzac - meilleur analyste, à en croire Frédéric Engels (du duo Marx-et-Engels), de l’ascension de la grande bourgeoisie d’affaires. Zola, le « semeur d’orages » qui donne, pour la première fois, au roman une « odeur de peuple ». De « La Comédie humaine » aux « Rougon-Macquart », du « parti intelligentiel » imaginé par Balzac à la figure de l’intellectuel engagé - le Zola de « J’accuse » (1898), l’acmé de l’Affaire Dreyfus » - une part du roman moderne s’affirme. L’encre a vaincu le sang. Entre Waterloo (1815) et Sedan (1870), et la littérature, la postérité a tranché.

 

                                                                            Michel Boissard

 

Balzac et Zola au miroir d’une mise en scène, M. Frontère, Publibook, 2012, 10 euros

Publié dans articles La Gazette

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