DES MATHEMATICIENS DU CŒUR

Publié le par Michel Boissard

 

Des mathématiciens du cœur : c’est ainsi que le périgourdin Joubert (1754-1824) qualifie les moralistes français, dont il fait partie. A l’instar de La Rochefoucauld (1613-1680) que révère le philosophe allemand Nietzsche. Distinguant ceux-ci qui déniaisent l’humanité des fabricants de moraline – bien-pensance  morale civile et puérile. Tandis que Jean-Paul Sartre reconnaît dans leur lignée « ce qu’il y a peut être de plus original dans les lettres françaises ».  Fondé sur la brièveté elliptique du propos, le côté tranchant du jugement, l’universalité de la description. Caractères communs à ceux que l’universitaire François Dufay traite de maîtres de l’ironie et du trait d’esprit. Au sein d’une anthologie où l’on rencontre l’aixois Vauvenargues (1715-1747)  rappelant que : « Les meilleurs auteurs parlent trop. » Le gardois de Valleraugue - La Beaumelle (1726-1773), constatant qu’ :  « Il y a des jours nébuleux pour l’esprit comme pour le monde  : et l’homme qui a le plus de génie est vingt fois par jour comme un sot. » Rivarol (1753-1801), fils d’un aubergiste de Bagnols-sur-Céze, qui  pourrait donner devise à tout chroniqueur littéraire : « Un livre qu’on soutient est un livre qui tombe. »  Le marseillais André Suarès (1868-1948) soulignant : « Le cœur et la langue sont pourtant faits des mêmes fibres. » Paul Valéry (1871-1945) justifiant sa naissance dans « L’Île singulière » - Sète - par ce surprenant aphorisme : « L’objet de la littérature est indéterminé comme l’est celui de la vie. » Et le poète narbonnais Pierre Reverdy (1889-1960) invitant finalement à la sagesse : « Vieillir, c’est savoir combien de choses peut emporter le vent. »

 

                                                                                                                                                       Michel Boissard

 

Maximes et  autres pensées remarquables des Moralistes français, s/d F. Dufay, CNRS Editions, 2009, 10 euros

Publié dans articles La Gazette

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