DON QUICHOTTE DE TARASCON

Publié le par Biblinimes

http://www.payot-rivages.net/couvertures/bassedef/9782228906005.jpgAlphonse Daudet (1840-1897) partage avec Flaubert et Stendhal l’honneur d’avoir, en créant un caractère littéraire, donné une expression courante au vocabulaire. Le bovarysme (Madame Bovary, 1857) est synonyme de fuite dans l’imaginaire. « Être comme Fabrice à Waterloo » (La Chartreuse de Parme, 1839) signifie voir les choses par le petit bout de la lorgnette. Quant à « tartariner », ce serait la forme méridionale de la vantardise… La réédition - jusqu’ici inédite - de la Trilogie de Tartarin : « Tartarin de Tarascon » (1872), « Tartarin sur les Alpes » (1885) et « Port-Tarascon » (1890) permet cependant une double (re) découverte. Tartarin est un personnage pluriel. Pas seulement le hâbleur méridional qui se fait chasseur de (peau de) lion (mitée) en Algérie. Mais aussi le Président du Club alpin local montant à l’assaut du Rigi-Kulm (1752 m d’altitude), tombant amoureux de la belle Sonia Wassilief, et qui sera enlevé par des terroristes… Enfin, le guide de ses compatriotes un peu jobards vers les terres polynésiennes pour y fonder la colonie de Port-Tarascon. Y rencontrer des désillusions. Et Tartarin, la mort. Bref, un petit bourgeois de son temps (Jean-Didier Urbain). Une époque où l’on aime à faire le « grand tour » (turism). Une figure romanesque entrelaçant Ulysse le voyageur, Candide la victime ingénue du monde, le globe-trotter Philéas Fogg et Robinson Crusoé cultivant les plantes exotiques en pot…Un Don Quichotte provençal dont l’orgueilleuse intrépidité, même tempérée par la proverbiale prudence de Sancho Pança, nous rappelle que Tartarin commence par la même lettre que tragédie !

 

Michel Boissard

 

 2010, 9 euros  

Publié dans articles La Gazette

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