DU ROMAN-PUZZLE AU ROMAN-GIGOGNE

Publié le par Biblinimes

 

 

 

Couverture de La vie de Régis de Sá Moreira

 

 

 

 

Auxpremières lignes du cinquième roman de Régis de Sà Moreira, on pense - n’était le titre quasi éponyme - à La vie, mode d’emploi(1978) de Georges Perec. A son Préambule. L’écrivain y glose savamment sur l’art du puzzle. « …Ce ne sont pas les éléments qui déterminent l’ensemble, mais l’ensemble qui détermine les éléments (…) seule compte la possibilité de relier une pièce à d’autres pièces ». La vie, ce serait d’abord le récit fragmenté d’existences qui se croisent, se confrontent, se mélangent, s’opposent, se prolongent. Dans une société standardisée, massifiée, sérialisée. En écriture, cela donne une succession de courts paragraphes, de cinq à dix-douze lignes. Séparés par des blancs. Tel un fadingdans la communication. C’est, ensuite, s’emboîtant les uns les autres, l’histoire, l’incident, l’épisode, l’instant, le jour ou la nuit, l’heure d’avant ou celle d’après, au cours desquels des personnages se découvrent dans l’ordinaire de leurs vies. Un mari, une femme, un amant, un jardinier, un commerçant, des gosses, un astronaute, un professeur de français, un chien ou un chat, des vivants et des morts, etc. Le lieu, c’est aussi bien l’aquarium de Saint-Malo que le cinéma du coin où l’on projette 2001, l’Odyssée de l’espace.Le temps, c’est celui où un époux prend sa femme sous la douche. Ou un gars qui s’endort devant sa télé, se réveille en pleine finale de Roland-Garros. Un enfant sans nom de baptême, qui aimerait s’appeler Œdipe… Un roman-gigogne. Au charme fou. Dont le rythme évoque le refrain de certaine chanson d’Edith Piaf : « …la foule qui s’élance / Et qui danse / Une folle farandole »…

Michel Boissard

La vie, R. de Sà Moreira, Au Diable vauvert, 2012, 15 euros

Publié dans articles La Gazette

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