ECRIRE LA GUERRE, CHANTER LE TERROIR

Publié le par Biblinimes

 

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Connaissez-vous Jean Norton Cru (1879-1949) ? Chercheur américain, de père français, avec « Témoins » il a, en 1929, publié l’analyse la plus décapante des ouvrages - fictions ou études -  suscités par la guerre de  14/18 où il  fut engagé volontaire… A la reconstruction réaliste et  militante  des souffrances que le cévenol d’origine Henri Barbusse fait émerger dans « Le Feu » (1916), il oppose le récit brut de « Ceux de 14 » du solognot de naissance Maurice Genevoix (1890-1980). C’est sur cette façon différente d’écrire la guerre que l’ essayiste Michel Bernard ouvre d’ailleurs son bel hommage à l’auteur de « Raboliot » (Goncourt 1925). Fils de la Loire et de petits commerçants, sportif, frondeur et rêveur, Genevoix, reçu à l’Ecole normale supérieure en 1911, fait partie de cette génération à l’avenir universitaire fauché par le premier conflit mondial. Ce que la rue d’Ulm perd en ressource, la littérature française le gagne en qualité. Acteur des combats, victime du carnage, témoin des martyrs, un écrivain s’affirme qui entrelace le constat clinique à l’émotion. « Laviolette s’est couché sur le ventre ; il a fermé sa capote sur ses blessures, étroitement, farouchement (…) Il dit  »non » les dents serrées… Laviolette veut mourir seul. » (Les Eparges, 1920)  Comme disparaît Alain-Fournier, l’auteur du « Grand Meaulnes », contemporain et camarade de Genevoix  dans la funeste « Tranchée de Calonne », à quatre pas de Verdun… Blessé mais survivant, celui-ci trouve dans l’écriture  un nouveau sillon de vie.  Le vivant sera la marque propre d’une œuvre, dont le critique gardois Olivier Boura dira qu’elle est l’archétype de la littérature « en velours côtelé ». « Rémi des Rauches » (1922), « La Dernière harde » (1938),  Les « Bestiaires » - tendre, enchanté et sans oubli - (1969-1971) - la fiction « rurale »  souvent raillée, s’est gorgée de pages originales sur les eaux vives du fleuve, les bois bourrus et les forêts voisines…

 

                                                                                                               Michel Boissard

 

Pour Genevoix, M.Bernard, La Table ronde, 2011, 16 euros

 

 

Publié dans articles La Gazette

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