EN LISANT, EN ECRIVANT

Publié le par Michel Boissard

 

Emprunté à Julien Gracq (1910-2007), le titre de cette chronique s’accorde bien aux « mélanges » littéraires que nous offre le nîmois Michel  Frontère. Lequel a fait sien le mot de Raymond Queneau (1903-1976) : « C’est en lisant qu’on devient liseron ; c’est en écrivant qu’on devient écriveron. » Tant sont variés les « exercices de style »  - essais cursifs, portraits, critiques et  pastiches -  et divers le répertoire des écrivains convoqués ici. Non sans une préférence marquée pour les XIXe et XXe siècles français. La petite musique montant de ce  livre ne manque ni de rythme ni de raisons. Les accents en sont parfois dissonants. Et les mouvements inachevés. Mais enfin, par la grâce d’un chroniqueur passionné, on saisit comment les récits de  Patrick Modiano s’enchâssent dans une mémoire proustienne. On redécouvre Paul Nizan qu’aima Sartre. Maurice Barrès  - qui influença Aragon, Malraux et Drieu la Rochelle - nous est plus proche, et pas seulement parce que nul n’a peint  aussi admirablement Aigues-Mortes que lui. Il y aura tantôt un  demi-siècle, le critique de « L’Humanité », André Wurmser (1899-1984),  soulignait l’omniprésence de la « sacrée pièce de cent sous » dans l’œuvre de Balzac (La Comédie inhumaine, Gallimard, 1965). Michel Frontère  revient avec pertinence sur cette thématique – de L’Auberge rouge (1831) à Splendeur et misère des courtisanes (1838) en passant par Un médecin de campagne (1833). Jusqu’à dire – belle et juste formule que n’aurait pas renié Frédéric Engels, le compagnon de Marx – que Balzac a « bien mérité de l’économie politique »… Y-a-t-il en effet contempteur plus âpre du capitalisme d’affaires que le démiurge de Rastignac et de Vautrin ? On prend encore plaisir au médaillon chaleureux consacré à l’ancien directeur du « Monde des Livres » - François Bott. Et à celui du romancier Nicolas Rey - porté sur les fonts baptismaux  par Marion Mazauric,  l’éditrice de « Au Diable Vauvert ».  Qualifié de « hussard de gauche », car il sait allier le panache et la désinvolture à l’espérance humaine. Enfin, un pastiche - assez réussi  - de Céline incite à relire urgemment Le Voyage au bout de la nuit

 

                                                                                                                      Michel Boissard

 

Denis Tillinac et la beauté des Vietnamiennes à bicyclette, M. Frontère, Publibook, 2010, 15 euros

 

 

Publié dans articles La Gazette

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