ENTRE L’EXIL ET LE ROYAUME

Publié le par Biblinimes

 

 

 

De l’écrivain occitan - trop méconnu en France - Max Rouquette (1908-2005), et de son oeuvre, Jean Carrière dit qu’ils « posent de façon exemplaire la rupture entre la littérature à la mode et la littérature enracinée ». Entre « l’air du temps » et ces « grands axes de la condition humaine : l’être, le temps, l’enfance, le goût de l’éternité, la mort ». Pour reprendre un mot de Camus : entre l’exil dans un monde inhospitalier, et le Royaume de l’impeccable naïvetédont a parlé Baudelaire. Ce « Vert paradis », précisément, qui donne son suc et sa saveur à la réédition de l’œuvre majeure du médecin d’Argelliers. On y croise Costasoulane, un chasseur acharné qui « attendait les perdreaux ». Et rencontra la mort… Aussi, un goupil, fier de « son museau au vent » et de son poil lissé. « Roi dans son territoire ».Tombé prisonnier d’un bassin en ciment, asséché et rempli de ronciers, du côté des Gardies, au fond de la terrible garrigue languedocienne. Sous un soleil de plomb. Guetté du haut d’un ciel de plâtre par quelque épervier à l’affût… Ceci se passe non loin du « Champ de Sauvaire ». Maigre terre, « couleur de pierre et d’olivier ». « Ombre étriquée de trois amandiers ». Tant qu’il a pu, Sauvaire l’a entretenue, soignée, bichonnée. Maintenant, « le temps de Sauvaire est passé ». C’est l’heure de la sauvagine. Au pays du Sud - mythique comme celui de Faulkner et de Giono, même de Pagnol - on se laisse toujours charmer par la mélodie des sources secrètes ou connues. « La Petite Fontaine » avec « mille ans de joncs, mille ans de vents, de visages et d’oiseaux ». Ou « La Source de Guisard » que l’on découvre derrière une lourde porte au fin fond d’un couloir mystérieux et qui nous saisit d’une « main glacée »… « Source morte », source éternelle…

 

Michel Boissard

Vert paradis, M.Rouquette, Actes Sud, 2012, 24 euros

 

 

 

 

 

 

Publié dans articles La Gazette

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