EPATER LES BOURGEOIS…

Publié le par Michel Boissard

                                                                

                          

 

Connaissez-vous ces deux poèmes – « Philistins » et « Oiseaux de passage » - mis en guitare par  Georges Brassens ? Et savez-vous que celui qui les composa - Jean Richepin (1849-1926), auteur de « La Chanson des Gueux » (1876), fils d’un médecin militaire et normalien, n’est pas simplement le gourou littéraire de l’école primaire sous la IIIe République ? Mais un écrivain excentrique, volontiers nihiliste, en tout cas réfractaire.  Comme en témoignent les contes cruels que voici, entre fantastique social et Grand Guignol, à la belle écriture classique. Histoire du passager novice d’une réplique du Titanic, qui pousse son « méticuleux égoïsme » jusqu’à mépriser sciemment les appels au secours de ses compagnons de naufrage… Et qui, sauvé des eaux, s’empoisonne fortuitement en avalant goulûment des huîtres sauvages pendant un mois prohibé ! Et celle du prisonnier qui meuble ses journées en faisant sécher les mille trois cent sept brins de la botte de paille sur laquelle il moisit en cellule… Sachant qu’il faut ¾ d’heure pour sécher chacun d’eux, il escompte parvenir de la sorte à la fin de sa peine. Mais une cruche d’eau malencontreusement répandue ruine son calcul. Il ne reste au malheureux qu’un choix : « Il mourut d’une indigestion héroïque. Il avait mangé toute sa paille. » Portrait d’ « Un lâche », misérable épave physique et morale qui pousse la couardise jusqu’à se  « faire suicider » par le narrateur du récit. Lequel en toute bonne conscience et par pitié accomplit le geste demandé ! Ou encore l’atroce fin de l’étudiant en médecine Féru. Pendant que la Commune de Paris agonise sous la mitraille des Versaillais, ce curieux chercheur décide de « disséquer la vie sur lui-même ». Mourant pour la science ! Tandis que les ouvriers meurent pour la liberté… A chacun sa barricade !  On laissera enfin le lecteur découvrir l’aventure d’un certain Oscar Lapissotte qui réussit « Le chef d’œuvre du crime »… Léon Bloy avait raison d’écrire à Richepin : « Votre rôle est d’épater le bourgeois. C’est le pain quotidien de votre âme fière. »

 

                                                                                                                                                        Michel Boissard

 

Les morts bizarres, J. Richepin, L’Arbre vengeur, 2009, 12 euros

 

 

 

Publié dans articles La Gazette

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Saint-songe 28/11/2009 14:21


Savez-vous, cher monsieur (dont je suis - du verbe suivre - agréablement les articles de bons sens et d'étude depuis un temps d'orfèvre), savez-vous que je vous envoie ici mon "gueux" bonjour,
dans le sens ordinaire du mot, donc "coquin", car je vous l'envoie depuis Tréboul, face à l'île Tristan - où séjournèrent richement les Richepin, se déguisant même comme on fait à Venise,
pour des festivités familiales en leur bel endroit, par moi, humblement, visité dix fois, quand cela fut permis -, au pays de Douarnenez, lieu de Perros par excellence (ou de Noël
Roquevert...), lieu où vint aussi Max Jacob (en ces périodes "gueuses", peu friquées), savez-vous donc que c'est drôlerie poétique que de lire votre "papier" décollé du jour ?.. J'eus en main un
bel exemplaire de "Gueux" trouvé sur un étal de bouquiniste Trébouliste, et je vis les poèmes cités... Bel hommage, et, mon bonjour , kenavo du site, Bertrand Delporte  Saint-songe