FRANCOIS MAURIAC, UNE INTREPIDE SINCERITE

Publié le par Biblinimes

 

 

 

A ce recueil de lettres d’une vie du girondin François Mauriac (1885-1970) s’appliquent justement les mots de Simone de Beauvoir à propos de La Bâtarde, récit mémoriel de Violette Leduc : une sincérité intrépide. Tant y apparaît, dans sa vérité d’homme et de créateur, le romancier de Thérèse Desqueyroux(1927), le poète d’Orages(1925), le dramaturge d’Asmodée(1938), le journaliste du Bloc-Notes(rééd.1993), l’essayiste des Mémoires intérieurs(1959). Qui, sauf l’exception de Commencements d’une vie(1932), n’a jamais livré l’autobiographie du Prix Nobel de littérature (1952) et académicien qu’il fut. En dépit du titre Correspondance intime - réunie et présentée par Caroline Mauriac, la belle-fille de l’écrivain - voici un volume d’histoire littéraire qui mérite le qualificatif - dû au critique Albert Thibaudet - d’extimitépar opposition à l’intimité, volontiers dissimulée, d’un être. S’y révèle par delà la statue du Commandeur des lettres françaises, la complexité d’une conscience et d’une vie marquées par le conflit entre des penchants amoureux inavoués, un engagement catholique militant, et une remarquable liberté d’esprit dans un siècle de fer. Le fils qui rassure sa mère sur sa destinée proche et le mari qui respecte profondément sa femme, voisinent avec l’ami intime de l’historien et écrivain libertaire homosexuel Daniel Guérin - mon cher enfant de gauche… L’image réductrice d’une figure bordelaise del’aristocratie du bouchon- Mauriac était propriétaire viticulteur - s’efface derrière l’interlocuteur intellectuel de Gide et de Valéry, de Proust et de Barrès, de Claudel et de Paulhan. Correspondant résistant aux jours sombres d’un Drieu la Rochelle collaborateur. Qui, à ceux qui le (re)découvriront, apparaîtra tel Un adolescent d’autrefoisde son ultime roman…

Michel Boissard

Correspondance intime, F. Mauriac, Bouquins/ Robert Laffont, 2012, 30 euros

Publié dans articles La Gazette

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