GUI ET LOU : OMBRE DE MON AMOUR

Publié le par Michel Boissard

 

                                                

 

Gui, c’est Guillaume de Kostrowitsky - dit Apollinaire (1880-1918). Né à Rome, d’une jeune polonaise émigrée et d’un officier aristocrate du Royaume des Deux-Siciles : François Flugi d‘Aspermont. A l’époque -  1914  - le poète des Calligrammes a déjà fait paraître un conte L’Hérésiarque (1902), un roman érotique Les onze mille verges (1907), s’est passionné pour les Peintres cubistes (1913) après avoir publié  La Chanson du mal-aimé (1909) et Le Pont Mirabeau (1912)…  Quand la guerre éclate, celui qui dira plus tard : « J’aime tant les Arts que je suis devenu artilleur » s’engage. Il est affecté au 38e d’Artillerie de Nîmes. « Dis l’as-tu vu Gui au galop /Du temps qu’il était militaire / Dis l’as-tu vu Gui au galop / Du temps qu’il était artiflot / A la guerre ». Lou : c’est le diminutif de Marie-Louise de Pillot de Coligny-Châtillon (1881-1963). Que le journaliste André Rouveyre décrit « spirituelle, dégagée, frivole, impétueuse, puérile, sensible, insaisissable, énervée, un peu éperdue en quelque sorte ». Guillaume l’a connue à Nice ; elle le rejoint dans la Cité des Antonin. Huit jours durant, dans une chambre de l’Hôtel du Midi et de la Poste, ils vont vivre une passion que « le conscrit amoureux » (Annette Becker) restitue dans une langue admirable.  Entrelaçant l’émoi physique : « Je pense à toi mon Lou ton coeur est ma caserne /Mes sens sont tes chevaux ton souvenir est ma luzerne » ou bien : « Lou tu es ma rose / Ton derrière merveilleux n’est-ce pas la plus belle rose / Tes seins tes seins chéris ne sont-ce pas des roses » à l’anticipation des combats où il sera blessé : « Si je mourais là-bas sur le front de l’armée / Tu pleurerais un jour ô Lou ma bien aimée / Et puis mon souvenir s’éteindrait comme meurt / Un obus éclatant sur le front de l’armée / Un bel obus semblable aux mimosas en fleur » Dans la ville « mélancolique et huguenote » dont les habitants sont « semblables aux Hollandais moins la bonhomie », Apollinaire mesure que l’amour est tout ensemble feu et flammes et cendres. Ombre et lumière. Bientôt Madeleine remplacera Lou. « Comme la vie est lente / Mais que l’Espérance est violente »…

 

                                                                                                                          Michel Boissard

 

Poèmes à Lou précédé de Il y a, Apollinaire, Poésie/Gallimard, rééd. 2010, 6,50 euros

 

Publié dans articles La Gazette

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