JEAN-CHRISTOPHE DISSIDENT

Publié le par Biblinimes

 

 

 

 

Alentour la fin 1914, deux professeurs - l'un de Lettres, l'autre de Philosophie - des lycées de Nîmes, Jeanne (1890-1980) et Michel Alexandre (1888-1952) font, les tout premiers, écho au manifeste pacifiste « Au dessus de la mêlée » de Romain Rolland (1866-1944). « Votre parole, écrit Jeanne, est celle qui entretient en ce moment l'espoir... » Ce pamphlet, paru dans « La Tribune de Genève », suscite moult réactions hostiles de la part des plumitifs va-t-en-guerre. Le romancier de la décalogie humaniste « Jean Christophe » (1903-1912), le dramaturge du « Théâtre de la Révolution », musicologue réputé et, plus tard, biographe reconnu de Tolstoï et de Gandhi, y adopte la posture provocante du dissident. Résistant à l 'Union sacrée. Rebelle aux trompettes guerrières sonnant la mobilisation contre la barbarie germanique. Commettant - pour dire comme Ionesco - un acte d'héroïsme et une folie. En stigmatisant « les gardiens de la civilisation européenne ». Qui jettent les uns contre les autres, au nom du Droit et de la Justice, « les Cosaques, les Turcs et les Japonais , les Cipayes, les Marocains ou les Egyptiens ». Dressent l'écrivain belge Maeterlinck contre le poète italien D'Annunzio. Opposent le romancier anglais Rudyard Kipling à l'auteur de théâtre naturaliste l'allemand Gehrart Hauptmann. Tandis que le nationaliste Maurice Barrès se fait, en tant que chroniqueur, un « rossignol du carnage »... « Le courage et l'obstination opposés à l'adversité du plus grand nombre » auront raison du conformisme belliciste. Romain Rolland reçoit en 1915 le Prix Nobel de Littérature. Juste avant que Henri Barbusse, l'héritier des camisards cévenols, ne publie avec « Le Feu » le brûlot majeur contre la Guerre. Couronné par le Goncourt 1916.

Michel Boissard

Au dessus de la mêlée, R.Rolland, Payot, 2013, 8,15 euros

 

 

 

 

Publié dans articles La Gazette

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