JEAN-RICHARD BLOCH & ANDRE SPIRE :  L’IDENTITE D’UNE AMITIE

Publié le par Biblinimes

 

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 Sommes-nous d’accord ? », 478 pages, Editions Claire Paulhan, 2011, 44 euros

 

 

A la question : « Avez-vous lu Jean-Richard Bloch ? » (J. Albertini, Editions Sociales, 1981) répond comme en écho, au travers de la publication de trente-cinq ans de leur correspondance croisée, l’interpellation : « Connaissez-vous André Spire ? » L’intérêt de l’ouvrage que nous procure l’éditrice Claire Paulhan est de désensabler la mémoire de deux écrivains « embarqués dans l’Histoire » de la première moitié du siècle dernier, aujourd’hui trop ignorés, dont la trajectoire sociale et créatrice interroge les questions récurrentes d’identité, de différence et d’assimilation. Jean-Richard Bloch (1884-1947) est le plus connu de deux épistoliers. Issu de la bourgeoisie juive - il épousera Marguerite Herzog, sœur d’ André Maurois - son roman « Et Cie » (1917) témoigne à la manière balzacienne de l’entreprise d’intégration de négociants israélites alsaciens du textile - les Simler - à la communauté française, des lendemains de la défaite de 1870 au bord du nationalisme boulangiste (1889)… Agrégé d’histoire en 1907, l’engagement politique et littéraire de Bloch est dominé, à la fois, par la mystique dreyfusarde et la politique socialiste dont parle Péguy dans « Notre Jeunesse » (1910). La Grande Guerre, où il est blessé, sera avec l’Affaire Dreyfus, le second tournant de sa vie. Ebloui par la grande lueur de l’Octobre russe, co-fondateur avec Romain Rolland de la revue « Europe » (1923), le futur directeur - au côté d’Aragon - du quotidien communiste Ce Soir(1937-1953) devient, selon le mot d’Albert Thibaudet, un des plus pertinents « esprits critiques d’extrême-gauche ». Concrétisant la démarche qui l’avait conduit à fonder « L’Effort libre » (1912-1914) - « revue de civilisation et d’action révolutionnaire » - à laquelle il invite le poète André Spire (1868-1966) à collaborer. L’auteur des « Versets  - Et vous riez – Poèmes Juifs » (1908) est, lui aussi, un rejeton de la bourgeoisie juive des cuirs et peaux, fixée en Lorraine depuis des siècles. Licencié en Droit à vingt-trois ans, auditeur au Conseil d’Etat à vingt-cinq, haut-fonctionnaire jusqu’à sa retraite au Ministère de l’Agriculture, ce « chercheur d’âme », maître du vers libre, s’est tôt intéressé à l’émancipation des juifs. Sa fille Marie-Brunette Spire met en relief, dans la préface à cette correspondance, à la fois les contradictions et les liens affectueux qui unirent les deux intellectuels progressistes. L’un, J.R.Bloch, hanté par le déracinement, en quête constante d’une « acculturation à la culture française à l’exclusion de tout autre ». Le second, André Spire, taraudé par « la perpétuation d’ une tradition historique et culturelle » fondant une « revendication identitaire » débouchant sur un sionisme militant. « Particularisme et universalisme inextricablement entremêlés ».

 

Michel Boissard

Historien

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