JONAS OU LES DESARROIS D'UN JUSTE

Publié le par Biblinimes

 

 

On ne lit pas assez « Jonas ou l'artiste au travail », l'une des nouvelles composant le recueil « L'Exil et le Royaume » (1957) d'Albert Camus(1913-1960). Son héros éponyme est un peintre célèbre. Mais le talent, le succès et la gloire de Jonas se tournent en leur contraire. Lorsqu'il meurt, on découvre dans son atelier une toile entièrement blanche, au bas de laquelle l'artiste a griffonné un mot illisible. Dont on ne sait si c'estsolitaireou solidaire. Apologue autobiographique ou non, ce récit épouse la destinée politique de ce « français d'Algérie », ce « fils de pauvres », devenu Prix Nobel, dont la prestigieuse fortune littéraire a nourri tant d'ambiguïtés. « Chacun s'est composé son Camus. » note l'universitaire Jeanyves Guérin. « Un romancier, un homme de théâtre, un classique, un journaliste, un penseur de notre temps... » Sans doute, un « artiste immergé dans l'histoire », mais qui n'a jamais voulu en demeurer prisonnier. Estimant qu'il lui revient de « servir la liberté et la vérité. » Dans un siècle et un « monde où le meurtre est légitimé et où la vie humaine est considérée comme futile ».Un écrivain qui refuse « le roman à thèse, l'oeuvre qui prouve ». Mais qui s 'engage pour l'Espagne républicaine. Exige une justice impitoyable contre les Collabos de 1944. Oppose la révolte au totalitarisme. S'éprouve déchiré par la guerre d'Algérie. Accepte d'être vu « comme une conscience malheureuse ou une belle âme ». Pose de vraies questions : « Que faire face à l'oppression ? » Et, dira Sartre, contre le « veau d'or du réalisme », incarne la permanence du « fait moral ». « Etre moral, c'est être, c'est rester humain. »

 

Michel Boissard

Albert Camus, littérature et politique, J.Guérin, Champion, 2013, 14 euros

 

 

Publié dans articles La Gazette

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