L’ÂME FIERE, JOYEUSE ET VIVE DE LA PROVENCE

Publié le par Biblinimes

 

                                                        

                                         

 

 

Passant considérable  - et méconnu -  dans les lettres gardoises, Jean Aicard (1848-1921) est, sans doute, l’écrivain qui a  le mieux exprimé ce que Mistral appelle « l’âme fière, joyeuse et vive - l’amo de longo renadivo » de la Provence.  Natif de Toulon, tôt orphelin, « exilé » du côté de Mâcon pour y faire ses études, il y est pris en charge et en amitié par Lamartine. Qui comprendra vite que, coupé de ses racines, l’adolescent s’étiole et dépérit. Du coup, c’est au Lycée impérial de Nîmes qu’il obtiendra le baccalauréat en 1865. Le jeune homme n’oubliera pas ce qu’il doit au poète des « Méditations ». Qui inspirera ses premiers vers, et, plus tard, un superbe « Eloge » (1883). Car l’écriture le passionne davantage que les études de droit à Paris.  A peine a-t-il publié son premier recueil remarqué « Les jeunes croyances » (1867), qu’il s’essaie à la fiction et à la prose. On vient de retrouver ce premier texte : « Jacqueline ». Cette histoire d’amour, assez convenue, entre la fille du riche Maître Brun Mathieu et Pierre lou pastre,  n’aurait guère d’intérêt si, déjà, Jean Aicard  n’y manifestait un art impressionniste du paysage provençal - ici, le village varois de La Garde - entrelacé  à un sens aigu de la mise en situation de personnages au relief accusé.  On devine dans cet exercice de jeunesse ce qui fera la renommée ultérieure de l’académicien  français (1909), dont trois romans picaresques sont plus connus que le nom même de leur auteur…  Le braconnier « Maurin des Maures » (1908) est l’ombre portée du chasseur de casquettes  « Tartarin de Tarascon », né en 1872 de l’imagination d’Alphonse Daudet. Et les figures pittoresques de Parlo-Soulet et du policier Désiré Cabissol font pendant à celles du commandant Bravida ou de l’armurier Costecalde… «Roi de Camargue » (1890) ou la destinée du gardian Renaud  amoureux de la belle Livette, et « Gaspard de Besse » (1919), héritier méridional à la veille de la Révolution française du médiéval Robin-des-Bois, éclairent ce jugement du critique Antoine Albalat : « Alphonse Daudet décrit la Provence, Paul Arène la chante, Jean Aicard l’incarne. »

 

                                                                                                                                     Michel Boissard

 

Contes et récits de Provence, J. Aicard, Gaussen, 2010, 20 euros

 

Publié dans articles La Gazette

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