L’ARAGON GREC

Publié le par Biblinimes

 


 

Le nom même de sa ville de naissance : Monemvasia (Laconie, Grèce) - Malvoisie, le vin de Malvoisie cher à Shakespeare - est signe de poésie. Yannis Ritsos (1909-1990) y voit le jour au début du siècle-tragédie dont a parlé Aragon. Qui, en 1957, par un retentissant article des « Lettres françaises » salue dans le chantre de la grécité« le choc violent du génie ». Sa vie créatrice durant, le poète Ritsos - on le qualifiera précisément d’Aragon grec - à la fois populaire et lyrique, engage son écriture dans un entrelacs de tradition et de modernité. Entre généraux et colonels factieux, ce communiste a connu la persécution, les camps, l’exil. De la solitude et l’angoisse personnelles naît un onirisme surréel. Puis émerge l’engagement révolutionnaire rythmant la prosodie de l’auteur de ces « 18 petites chansons de la patrie amère » (1968). Naguère mises en musique par Mikis Théodorakis. Voici la « verte journée » ensoleillée, versant riant ensemencé / de sonnailles et bêlements, myrtes et coquelicots ». Ulysse est bucolique. Et le temps est à parler aux fleurs : « Cyclamen, mon cyclamen, dans la fissure du rocher / où as-tu trouvé couleurs pour fleurir, tige pour balancer ? »Mais n’est-ce pas pour mieux faire passer - comme en contrebande - une « Attente ardente » : « …eux qui sont dans les fers et eux qui sont loin de la patrie / poussent un soupir amer et s’ouvre la feuille du peuplier » ?Et célébrer « Un petit peuple qui lutte sans les sabres ou les balles / pour le pain du monde entier, pour la lumière et la chanson. »Car, aujourd’hui - le FMI régnant, comme il y a plus de quarante ans - sous le fascisme : « Ne pleure pas sur la Grèce, quand elle est près de fléchir / La voici qui déferle à nouveau, s’affermit et se déchaîne / pour terrasser la bête avec la lance du soleil ».

Michel Boissard

18 petites chansons de la patrie amère, Y.Ritsos, Bruno Doucey, 2012, 11 euros

 

 

 

Publié dans articles La Gazette

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