L’HOMME AU VERBE D’ARLEQUIN

Publié le par Biblinimes

 

 

 

 

Muni pour tous papiers, comme le voulait Léo Ferré, du « verbe d’Arlequin », Frédéric-Jacques Temple (Montpellier, 1921) allume « Phares, balises & feux brefs ». Sur « La Plage de Maguelone » : « La mer aux mille bouches / qui lacère et dépèce / est une femme aussi, /caressante / lissant les doux galets ». Ou à Collioure : « Les dieux ont déserté / les algues / où ne dansent plus / les gentils hippocampes / Les pas de la sardane / n’invitent plus le soleil. »Ce Fou du Deep southcélèbre en grec la Méditerranée : « L’antique mer / toujours qui sera jeune / celle des Argonautes / et des enfances, / de turquoise orne ses vagues / qu’ont vues les matelots d’Ulysse ». Il revisite l’Acropole : « Nous buvons du résiné / sur des pierres tutélaires / décorées de coquelicots / sous le regard des Caryatides / de résine. » Voyageur sans rivages, il croise le créole René Depestre : « Tes mots vibraient / comme les cordages des voiliers/ (…) cajolés par les pluies de l’été / dans l’ivresse des colibris / frémissant de sucre et de vanille. ». Fait escale au Brésil : « Fazenda de San Antonio : / maison morte, / verdure foisonnante / le piano de Dona Olivia / tombeau de silence / et mémoire du vide. »Reprend « La mer sauvage » : « J’ai pris le foëne et le harpon / au-delà des forêts, des lacs sans nom, / des mille rivières, / dans une mince pirogue de tremble/ qui me berçait ».Nous étonnerons-nous que ces « Périples » accostent au Larzac : « …où règne la senteur enivrante des buis /entre les épineux soleils des cardabelles « ?Saluent Roch, Georges et Jérôme, saints vénitiens. Finissant en « Révolte » contre la mort future : « Je m’insurge / (…) mais ne perds de la vie / la moindre goutte de son miel. »

Michel Boissard

 

Phrases, balises & feux brefs, suivi dePériples, F.J. Temple, Bruno Doucey, 52012, 15 euros

 

 

Publié dans articles La Gazette

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