L'ITALIE DU BONHEUR

Publié le par Biblinimes

 

 

 

« L'Italie était là-derrière. Il était au comble du bonheur. » Les mots qui terminent et le galop d'Angelo Pardi à travers la Provence cholérique de 1838, et « Le Hussard sur le toit » de Jean Giono, serviraient aisément d'incipit à l'essai tout ensemble cursif, méditatif et hédoniste d'Alberto Savinio (1891-1952).Réédité dans la collection « Le sentiment géographique », voici un double itinéraire dans l'espace et l'histoire culturelle du nord de la péninsule italique. Que l'on doit à un natif de Grèce. Un maître d'écriture formé à la composition musicale. De surcroît, frère cadet du peintre surréaliste Giorgio de Chirico. Cette triple empreinte modèle le phrasé et le rythme du livre. Avant que d'ausculter Milan, il soumet Venise - « assise dans l'eau » - au stéthoscope d'une inspiration infiniment cultivée. Aux murs des palais et des musées, les toiles de Romano Guardi et Vittore Ghislandi rejoignent « un poudroiement de minuscules Jean Breughel »... Si Venise  se cache, on la reconnaît à l'odeur de son eau. Ou bien au son des « vingt langues de l'Europe passant en serpentins au milieu de la foule ». A remonter le cours de la mémoire, l'on rencontre le convoi funéraire et ferroviaire de Richard Wagner - devenu le cocasse El Vanièr - du côté de la cité des Doges. Mais c'est à la Scala de Milan que bat le coeur de la ville et résonnent les choeurs de Verdi. On croise Stendhal. Un air de Rossini vous accompagne à l'intersection de cinq rues qui se regroupent pour former une place. Au n° 30 de la Via Brera « cette enseigne : Entreprise Propreté Espérance. Qu'ajouter de plus ? Tout est dit. »

Michel Boissard

Ville, j'écoute ton coeur. A.Savinio.Gallimard, 2012 (première édition 1982), 19 euros

 

 

Publié dans articles La Gazette

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