LA MACHINE A FINIR LA GUERRE

Publié le par Biblinimes


 

Une vieille photo. « La date : fin août 14. Le soldat, c’est moi. (…) Si j’arborais ce sourire satisfait, c’est à la pensée de m’évader d’une vie toute tracée. J’allais littéralement changer de peau. » (Bleu horizon, 1949). Celui qui parle s’appelle Roland Lécavelé. Connu sous le pseudonyme littéraire de Roland Dorgelès (1885-1973). Son Prix Fémina : « Les Croix de bois » (1919) est l’idéal-type du roman-témoignage deet sur la Grande Guerre. L’universitaire montpelliérain Frédéric Rousseau l’écrit : « Par sa plume alerte et sensible, Dorgelès porte le cri étouffé des croix de bois. Il faut le lire. » C’est le plaisir que nous offrent les éditions Omnibus en republiant les récits que ce familier d’Apollinaire et de Francis Carco a consacrés à 14/18. Prolongés d’un regard acéré et pathétique sur 39/45. Avant que de couronner sa longue trajectoire d’écrivain ami des peintres, chantre de la Butte Montmartre et nostalgique du temps des colonies, par la présidence de l’Académie Goncourt. Dorgelès s’est engagé en 1914. Celui qui se veut un « anar lettré » devient écrivain et soldat. Quand finira le conflit, dit-il, on oubliera sans doute « bien des choses, mais jamais ces centaines, ces milliers de croix de bois perdues dans les champs, plantées le long des routes, abandonnées dans les marécages. » Tous les camarades tombés. Les Sulphart, les Lemoine, les Bréval, les Vairon qui côtoyaient, dans la boue et la souffrance, Gilbert Demachy - le double romanesque de l’auteur. Alors, il faut en écrire - recréer ces petits faits vrais chers à Stendhal. Qui tissent ensemble l’étoffe sanglante et vaine du massacre. Au risque assumé de se muer en « patriote sans clairon, (en) ancien combattant sans antimilitarisme, (en) pacifiste sans pacifisme, (en) indigné sans révolution, (en) mobilisé contre l’injustice, la force brutale, la bêtise, l’argent » (préface de J.P.Rioux). Finalement, en auteurde cette satire au titre coup-de-poing : La machine à finir la guerre !

 

Michel Boissard

 

D’une guerre à l’autre, R.Dorgelès, Omnibus, 2013, 28 euros

 

Publié dans articles La Gazette

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