LA MESURE DES SIECLES

Publié le par Biblinimes

 

 

 

 

A Nîmes, tout va par deux. La couleur des armoiries : le rouge et le vert. Ou bien, sur de brèves collines attiques : le rose profond de l’arbre de Judée et le blanc des fleurs d’amandier. Selon le natif Marc Bernard, c’est la ville des rachalans,cultivant maigrement la terre. Et celle des taffataïresteignant en bleu la toile de coton à armure de serge. Plurielle par la diversité de ses quartiers. Et singulière, la cité des Antonins, dont les ruines des marbres romains ont enseigné l’écrivain André Chamson (1900-1983) à « prendre le mesure des siècles ». Cette « empreinte antique » inaugure l’itinéraire, quelque peu bohème, imaginé par deux historiennes : Francine Cabane et Danièle Jean. Ponctué de dessins et de croquis par l’aquarelliste Camille Penchinat. Où l’architecture des tours, la structure des toits, la forme des monuments saisissent le lecteur/voyeur d’émotions sépia. De couleurs aiguës. Ou pastellisées. S’accordant au titre double de l’album : Nîmes illustre et secrète. Regardons, par exemple, à côté des incontournables Tour Magne et Maison Carrée, les étonnantes Tour de Milliet, à la Planette, et le Moulin du Sâr Péladan, au sommet du Mont Duplan… Associant le nom d’un ancien premier magistrat de la ville à celui de l’écrivain décadentiste qui vantait les mérites de l’androgynat. Cité de pierre et ville d’eau, Nîmes joue avec le bois des charpentes de la Maison Arnaud, du côté de la rue Cité Foulc. Et, rue Ménard, offre une véranda aux fenêtres cintrées, entrelaçant le bois à la brique. Ici, le fer forgé des balcons et marquises ne contredit pas les surprises et rêveries des maîtres d’oeuvre. De l’immeuble Nemausus à la Maison Bertrand-Boulla. Cependant que les escaliers marchent, les façades parlent et scintillent les mosaiques !

 

Michel Boissard

 

Nîmes illustre et secrète, C. Penchinat, F.Cabane, D.Jean, Alcide, 2012, 35 euros

 

Publié dans articles La Gazette

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