LA MORT DE LA BIEN-AIMEE

Publié le par Biblinimes

 

 

 

L'un est incroyant ; l'autre, imbu de spiritualisme chrétien. Malgré les années et les différences de parcours, nous frappe la gémellité d'inspiration de l'écrivain Marc Bernard (Nîmes, 1900-1983) et du romancier Michel Séonnet (Nice, 1953). « Un peu de toi » que signe le second, fait naturellement écho à « La mort de la Bien-aimée » (Gallimard, 1972), titre d'un chef d'oeuvre du premier. M.Séonnet - de nous connu par « La marque du père » (2007), entrelaçant recherche en filiation et mémoire vive de la Collaboration - confirme que la perte scandaleuse, puis l'absence éprouvée de l'être aimé, est une source provocante de l'écriture de soi. Déjà, avec M.Bernard atteint au tréfonds par la mort de son épouse Else, nous comprenions que la relation amoureuse est rendue incandescente par l'issue inéluctable d'une longue maladie... Ici, l'Aimé - le Narrateur - superpose deux niveaux de récit afin que - à l'instar de « L'Atelier au mimosa » du peintre Pierre Bonnard (1867-1947) - la figure de l'Aimée transcende paysages, lumière et couleurs. Donnant l'impression que le tableau - le livre - n'est là que pour composer un très pur et presque entêtant thrène amoureux. L'Aimé - l'auteur - est nissard . Il a vingt-deux ans lorsqu'il rencontre l'Aimée - Monique. Une vendéenne de sept ans plus âgée que lui. C'est le crabe (traduit du grec cancer) qui les séparera. Il écrit, se passionne pour le théâtre de Gatti ; elle enseigne avec ferveur. Au quotidien, leurs affinités, leurs connivences, leur complicité, on les dirait dominées par le cri de joie poussé, en l'église de Conques, par tels Pélerins de Compostelle : « Ultreia ! Ultreia ! » Toujours de l'avant ! Prolongé des versets érotiques du « Cantique des Cantiques ». Car « la prière est mélée au chant des corps ».

 

Michel Boissard

Un peu de toi, M.Séonnet, L'Amourier, 2012, 15 euros

 

 

Publié dans articles La Gazette

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