LA MUSE, LE LUTH ET LA TRIBUNE

Publié le par Biblinimes

 

                                                       

 

On pourrait paraphraser ici le Musset romantique de « La Nuit de Mai »  (1840) : « Poète, prends ton luth et me donne un baiser… » Sauf que, dans le cas de cette originale anthologie, les poètes sont des députés,  familiers de l’éloquence de la tribune plus que de la prosodie inspirée des Muses. Au pays de la politique littéraire (Tocqueville), écrivains avant que d’être hommes politiques, ou politiques légitimement oubliés des lettres françaises, voici de singulières figures à (re) découvrir. Patriotique : le   gardois Gaston Bazile, sous-secrétaire d’Etat d’un cabinet Herriot (1926) déclamant : « Des pays de lumière à ceux des noirs hivers,  / O France ! entends monter vers toi comme un cantique, / Les acclamations sans fin de l’Univers. » Nostalgique : le représentant vauclusien Agricol Perdiguier (1805-1875), menuisier, dit Avignonnais-la-Vertu dans le compagnonnage : « Dans peu je serai de retour / Aux doux pays qui berça mon enfance ; /Là je penserai chaque jour / A mes instants passés sur le beau tour de France / Je sentirai toujours mon cœur / Battre au souvenir de mes frères. » Collectiviste, l’élu marseillais Clovis Hugues (1851-1907) célébrant sa certitude  révolutionnaire : « Nous voulons aimer, chanter, vivre, / Vider les coupes de l’espoir, / Apprendre à lire dans le livre / De la Science et du Devoir… » Simple et populaire, plus tard Président de la République et cible facile des chansonniers, le député du Lot-et-Garonne Armand Fallières (1841-1931) versifie sur le vin de son Sud-ouest : « Le breuvage le plus vermeil, / Le plus cordial, le plus digne, / Est celui que le gai soleil / Nous prépare au fruit de la Vigne. » Apôtre - avant la lettre -  du Retour à la terre, le parlementaire de la Drôme, Louis Dumont (1867-1936) : « Ne reste point dans l’air empuanti des villes / Ici tu vis en vain dans l’ombre de la mort / Là-bas, l’air est divin, le ciel bleu, les nuits pures / Va surprendre la vie au coeur de la nature ! »  Ceci pour quelques méconnus. Quant aux renommés : Chénier, Hugo et Lamartine, ils eurent pour postérité  Senghor et Aimé  Césaire…

 

                                                                                                                                Michel Boissard

 

L’Assemblée littéraire, Petite anthologie des députés poètes, Ginkgo, 2010, 14 euros

Publié dans articles La Gazette

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