LA NOSTALGIE, CAMARADE…

Publié le par Michel Boissard

 

 

                                                           

 

Ceux qui, dans les années 1970, fréquentèrent les communistes d’ici,  se souviennent peut être du nom de Jacques Chambaz (1923-2004).  Agrégé d’Histoire, trente ans durant membre de la direction nationale du Parti communiste français, chargé des relations avec les intellectuels, il fut un des délégués du « centre » auprès de la fédération départementale du Gard. Fils aîné du précédent, poète, essayiste et romancier, Bernard Chambaz  achève avec Ghetto une trilogie autobiographique commencée en 2005. Autour d’un thème entrelaçant l’histoire à la mémoire : « le communisme, mon père et moi », voici une splendide lettre-ouverte d’un fils à son géniteur. Dont la disparition libère le rapport mêlé de crainte, de respect et d’affrontement qui le liait à celui-ci. Car il n’est pas certain que ce soit une chance d’avoir eu des parents communistes…  Surtout entre 1949, date de naissance de l’auteur - et du Procès Kravtchenko  autour de l’existence du Goulag, et 2004, date de la mort du père  - quinze ans après la chute du Mur de Berlin et treize suivant celle de l’URSS !  Où l’histoire aura été passablement rude pour ceux dont l’idéal fut toujours de partager le pain et les roses. Au long de la déambulation funèbre qui conduit le cercueil du père de l’hôpital vers le cimetière Montmartre, le récit se déplisse à la manière d’un éventail. Voici le Paris de ses quartiers - et des métiers  - populaires,  dont Jacques Chambaz sera le député (1967-1973). Entre souvenirs de 1936 - qui deviendra thème d’étude de l’historien - et récurrence militante de la vente de l’Humanité-Dimanche avec les camarades de la cellule Manouchian… S’y ajoutent maintenant les raisons – connues et imaginées – de l’engagement de toute une vie d’homme. « Les kantiens ont les mains pures, mais ils n’ont pas de mains. » disait souvent le père à sa progéniture. Citant Péguy.  Car il faut prendre parti. Mais à la longue, d’accepter tous les coups sur les doigts, les mains font mal.  L’intellectuel J.Chambaz,  accédant puis évincé du Bureau Politique du PCF (1974-1979), en sut quelque chose… La fin du livre est intimement tissée d’une affection filiale qui fait inexplicablement écho à une chanson de Gainsbourg : « La nostalgie, camarade… »

 

                                                                                                                       Michel Boissard

 

Ghetto, B.Chambaz, Le Seuil, 2010, 17 euros

 

 

Publié dans articles La Gazette

Commenter cet article