LA NOUVELLE EDUCATION SENTIMENTALE

Publié le par Biblinimes

                                                          

                                               

 

 

 

 

 

 

  

 

D'apprentissage ou de formation, qu'importe ! Avec son premier roman, Sébastien Ayreault réussit à capturer le lecteur. Dés les premières lignes : « On habitait loin du monde. Tellement (…) que le monde lui-même ne savait pas qu'on existait. » Vivre et grandir à Maulévrier (Maine-et-Loire), à la fin des années 80, n'est pas une sinécure. David Serre - pré-adolescent - pressent qu'il « n'allait pas devenir grand chose »  et ajoute : « Devenir, voilà bien un truc qui te passe au dessus des étoiles en pêchant ton premier poisson-chat. » On le comprend. Sa mère, Marie, travaille en imprimerie.  Serge, son père, « fabrique des lames de plastique ». Chez Plastil, évidemment. Ménage ouvrier qui réside en lotissement de petites maisons HLM. Affectionne « Oh ! Ma jolie Sarah » de Johnny. Part en vacances vers Notre-Dame-des-Monts en Simca 1000.  Grâce à la 5e semaine de congés payés. « On appelle ça l'existence. » Naturellement, l'éducation sentimentale de David n'a que peu à voir avec celle de Frédéric Moreau. Quoique la décennie Mitterrand ne soit pas moins convulsionnaire que celle - entre 1840 et le  soir du coup d'Etat de 1851 - où le héros de Flaubert s'éveille aux réalités affectives et politiques de la société.  Mais le personnage créé par Sébastien Ayreault décape, lui aussi, les apparences. En fumant ses premières gauloises avec « Carrera le balaise. Une bête. Bien plus vieux que moi. » En découvrant, grâce à Elodie, les séductions du sexe. En jouant sur sa console Atari. Sans oublier de lire « Tintin sur la lune ». Ni Olga, l'arrière grand-mère qui avait le caractère furieux de Céline (Louis-Ferdinand) ! Ou la mort du père. Marceline Desbordes-Valmore (1786-1859) écrit : « Entrez mes souvenirs, quand vous seriez en larmes ».Dans un poème intitulé « Loin du monde »... 

                                                                                                                                                 

Michel Boissard

Loin du monde, S.Ayreault, Au Diable vauvert, 2013, 15 euros 

Publié dans articles La Gazette

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