LA ROMANCIERE DU GENRE

Publié le par Biblinimes

 

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Issu d’un colloque tenu à l’Université de Nîmes en 2010, ce recueil, dirigé par Marc-Jean Filaire, livre un paradoxe dés son titre. L’érudit « Marguerite Yourcenar et la culture du masculin » incite à revisiter l’œuvre entier de « l’historien-poète et romancier » que, selon ses propres termes, a tenté d’être l’écrivain du « Labyrinthe du monde » (1974). Démolissant de commodes apparences, les contributeurs de cet ouvrage éclairent le contresens dont la lecture de Marguerite Yourcenar (1904-1987) est fréquemment le lieu. Première femme à siéger à l’Académie française (1980), écrivain dont les personnages les plus connus sont des hommes, on a tôt fait de conclure à la « masculinisation » de son monde créateur. Occultant la singularité de l’écriture de cette romancière du « genre » - ou du « sexe social », selon l’expression de Christine Delphy. Alexis de Géra, (Alexis ou le traité du vain combat), le jeune musicien confessant son homosexualité à sa femme, Eric von Lhomond (Le Coup de grâce)écartelé entre Sophie qui l’aime et Konrad qui l’attire, l’empereur Hadrien (Mémoires d’Hadrien) compagnon du jeune grec Antinoüs, Zénon (L’Oeuvre au noir) accomplissant des expériences spirituelles et physiques périlleuses, Nathanaël (Un homme obscur)« qui ne sent pas particulièrement mâle en présence du doux peuple des femelles » en sont autant de figures emblématiques. De la Rome antique aux pays baltes d’après la Première guerre mondiale, en passant par le XVIe siècle européen, la dualité masculin-féminin des héros de Yourcenar s’apparente à une quête de vertus complémentaires, donc de valeurs universelles.

 

Michel Boissard

 

Marguerite Yourcenar et la culture du masculin, Lucie éditions, 2011, 25 euros

 

 

 

Publié dans articles La Gazette

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