LA VRAIE VIE EST AILLEURS…

Publié le par Biblinimes

 

                                                        

                                                        

 

C’est à une passionnante (re)découverte littéraire que nous invite l’universitaire Marie-Claire Bancquart. Qui présente les œuvres ignorées, oubliées ou méconnues de quelque vingt écrivains  de l’avant-siècle, selon le mot du critique Hubert Juin. Romanciers, poètes et essayistes qui occupèrent les tréteaux des années 1880 à la veille de la Grande Guerre. Au premier rang desquels « absurde si vous voulez, fou tant qu’il vous plaira,  mais - selon Anatole France - un maître de la phrase » : Joséphin Péladan (1858-1918). Cévenol d’origine et nîmois pour des études ratées entre Saint-Stanislas et l’Assomption. Et dont « Le Vice suprême » (1884) est le manifeste entremêlant mysticisme et occultisme au service de la lutte contre le matérialisme dominant. Manosquin de naissance, Elémir Bourges (1852-1925), de l’académie Goncourt, fait cortège au précédent. « Les oiseaux s’envolent et les fleurs tombent » (1893) révèle, déjà en chemin vers l’étude des mythes et  des religions, un pessimisme révolté qui  adorne la Commune de Paris des couleurs de l’Apocalypse…  L’un et l’autre sont à la recherche d’une vie dont l’authenticité exige un total dépaysement. Au lendemain de la défaite de 1870, la société apparaît finie. Tout appelle un « ailleurs ». Se manifestent les symptômes de la « décadence » : la violence sadique et l’ironie féroce d’Octave Mirbeau (1848-1917) – lisez-donc les succulents « 21 jours d’un neurasthénique » ;  les séductions de la drogue chez Claude Farrère (1876-1957) – ne manquez pas « Fumée d’opium » ; l’exaltation de toutes les sexualités avec le romancier belge Georges Eekhoud (1854-1927) et son sulfureux « Escal Vigor »… Dans ce clair-obscur où naissent les monstres, s’épanouissent encore des procédés littéraires novateurs : le roman dans le roman  et le monologue intérieur, auxquels Gide et Joyce assureront une somptueuse postérité.

 

                                                                                                                                Michel Boissard

 

Ecrivains fin-de-siècle, Folio-Classique, Gallimard, 2010, 7,10 euros

 

 

 

Publié dans articles La Gazette

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