LE PLUS JEUNE DE NOS ECRIVAINS

Publié le par Biblinimes

 

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Rapporté par le bordelais François Mauriac, le propos fait mouche. 21 novembre 1922. Parvis de l’église Saint-Pierre de Chaillot à Paris. Maurice Barrès (1862-1923) assiste aux obsèques de Marcel Proust (1871-1922). Et laisse tomber : « Enfin, c’était notre jeune homme ! » Au vrai, celui qui demeure le plus jeune de nos écrivains. En témoigne l’Autodictionnaire Proust que l’on doit  au remarquable travail de  Pierre Assouline. Qui permet de (re)lire l’oeuvre du démiurge de Swann, de Vinteuil, d’Elstir et de Bergotte… Par le biais  de plusieurs dizaines d’entrées forgées à partir des articles, lettres, essais et du « roman » de Proust. Etonnante biographie de fragments. Réordonnant moins une vie qu’un itinéraire créateur. Au milieu de multiples amitiés et rencontres. Avec le manosquin et romancier bien oublié Elémir Bourges (1852-1925)  qui contribua à faire couronner « A l’ombre des jeunes filles en fleur » par le Goncourt 1919. Ou bien avec l’albigeois Pierre Benoit (1886-1962), dont Proust ne « connaissait pas une seule ligne ». Regrettant que le critique Léon Daudet fît du romancier de « L’Atlantide » le meilleur écrivain français - après Proust ! « Ce qui détruit le plaisir »… Ou encore avec le nîmois Alphonse Daudet - père du précédent  - que Proust jugeait « sublime ». Parce que « au milieu des plus grandes créations (il) n’avait pas l’air plus dérangé (par un importun)  que s’il avait été en train de tailler un crayon... » On croise également le critique et martégal Maurras, le poète pyrénéen Francis Jammes, le « grand témoin de son temps » et marseillais André Suarès. Mais surtout l’uzétien-normand André Gide, sur le visage duquel Proust voit « se répandre en nappes (…) la Beauté morale ». Et le sétois Paul Valéry dont « Le Cimetière marin a fixé l’abstrait dans un concret mouvant comme personne ne l’avait fait jusque là »…

 

                                                                                                                      Michel Boissard

 

Autodictionnaire Proust, P.Assouline, Omnibus, 2011, 28 euros

 

Publié dans articles La Gazette

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